Fin de vie : enquête auprès des médecins

15 Jan, 2023

Dans le cadre du débat sur la fin de vie, une enquête a été lancée en novembre par le Quotidien du médecin auprès de ses lecteurs. 596 praticiens ont participé.

Des réticences face à une évolution

La plupart des lecteurs s’avèrent frileux face à un changement complet de la réglementation sur la fin de vie, et disent leur adhésion au dispositif actuel. 83 % estiment que « le rôle du médecin est de soulager en ayant recours à la sédation profonde et continue ».

52,2% jugent le cadre actuel « équilibré » et ne souhaitent rien toucher aux dispositions actuelles, tout en regrettant qu’elles ne puissent pas être toujours mises en œuvre.

L’euthanasie est perçue comme « une contradiction avec le serment d’Hippocrate, une rupture du principe de fraternité, propre à briser la confiance des patients », voire « une idéologie de toute-puissance ». Seuls 14 % considèrent que le médecin peut administrer la mort.

Un peu plus (23%) seraient toutefois favorables au suicide assisté, qui « se met en place ailleurs qu’à l’hôpital » justifie un cancérologue.

Protéger les soignants

36,7 % s’inquiètent du « risque de dérive éthique » lors du débat lancé par le Président de la République, et 30,9% attendent de « juger sur pièces à l’issue des concertations ».

« Il faut distinguer ce qui est de l’ordre du soin (tuer n’est pas soigner) et ce qui est de l’ordre d’une revendication sociétale nouvelle du droit de choisir sa mort dans laquelle le corps médical ne devrait pas avoir à intervenir » rappelle une gériatre.

En cas d’évolution vers un droit à une « aide médicale à mourir », environ 84 % souhaitent une clause de conscience spécifique. « Il faut que la loi protège le médecin dans l’accompagnement qu’il serait amené à faire. Cela doit passer par une clause de conscience spécifique » avait lui aussi déjà précisé François Arnault, président de l’Ordre des Médecins.

« Plus les médecins sont impliqués dans la fin de vie, plus ils y sont réticents »

67 % des professionnels engagés dans des réseaux ou unités de soins palliatifs jugent le cadre actuel « équilibré », un taux supérieur à celui des autres spécialités. Ces chiffres font écho au sondage de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP, cf. Fin de vie : connaître la réalité avant de se prononcer). Selon cette enquête réalisée auprès de soignants et de bénévoles, 90 % souhaitent conserver le cadre actuel, 12 % seraient prêts à prescrire un produit létal, et 6 % envisagent la possibilité de l’administrer. « Plus les médecins sont impliqués dans la fin de vie, plus ils y sont réticents » indique la présidente de la SFAP Claire Fourcade.

Les généralistes et les psychiatres sont les plus « favorables » au changement. Pour ce qui est du mode d’exercice, les libéraux semblent plus solliciter une modification de la loi que les hospitaliers.

Manque de moyens et de connaissance

Les médecins attestent, pour 57,6 % d’entre eux, de l’insuffisance des moyens pour accompagner les patients en fin de vie, et, en particulier, du manque de temps (65 %), ou de formation (56 %).

60 % regrettent aussi que l’offre en soins palliatifs soit déficiente sur leur territoire, et 55,9 % disent rencontrer, toujours ou souvent, des difficultés pour faire hospitaliser un patient en soins palliatifs.

Enfin, selon 98,2% des médecins, les patients connaissent encore mal, ou pas du tout, le dispositif de la loi Claeys-Leonetti. Les directives anticipées et la personne de confiance sont, « au mieux, connues partiellement par à peine la moitié d’entre eux ». Ces chiffres rejoignent les résultats du sondage réalisé par BVA pour le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV), selon lequel les Français se sentent peu concernés par les questions de la fin de vie (cf. Fin de vie : que pensent les Français ?).

A l’inverse, 86,2% des praticiens disent connaitre parfaitement, ou au moins l’essentiel du cadre réglementaire actuel. L’enquête démontre également que près de la moitié (49%) évoque souvent, voire toujours pour 27,2% d’entre eux, la fin de vie avec leurs patients.

Source : Quotidien du médecin, Coline Garré (13/01/2023)

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