En Colombie, la légalisation de l’euthanasie est rejetée à deux voix près

Publié le 12 Avr, 2021

La Chambre des représentants de Bogotá, en Colombie, a rejeté jeudi dernier une initiative de légalisation de l’euthanasie. Avec 83 voix pour et 60 voix contre, à l’issue d’un « débat houleux », le projet de loi n’a pas obtenu les 85 voix nécessaires pour atteindre la majorité absolue exigée. « Je célèbre l’effondrement à la Chambre d’un projet de loi visant à réglementer l’euthanasie dans notre pays. Le respect de la vie, l’amour et la solidarité triomphent », s’est réjoui la sénatrice María del Rosario Guerra, du Centre démocratique.

Dans ce pays d’Amérique Latine, l’euthanasie est dépénalisée depuis 1997, elle n’est donc pas sanctionnée. Mais dans les faits, l’absence de règlementation ne laisse pas la possibilité d’y avoir recours. Lorsque la Cour Constitutionnelle a dépénalisé l’euthanasie, elle a exigé que la Chambre légifère en conséquence, afin que l’euthanasie soit légalisée. C’est le treizième projet de loi de cette nature présenté au congrès depuis 1997. Et c’est le premier projet de loi qui arrive en session plénière de la Chambre des Représentants.

Parmi les opposants au projet de loi, l’argument qui a eu le plus de poids est celui d’une « ingérence » de la Cour Constitutionnelle « dans le corps législatif qui a le pouvoir de légiférer ». Le représentant Buenaventura León a rappelé que « la Colombie est le seul pays au monde qui, via la Cour constitutionnelle, souhaite légaliser ou a tenté de légaliser l’euthanasie ». La représentante Ángela Sánchez Leal, quant à elle, a rappelé que dans une jurisprudence se référant à l’euthanasie, « la Cour constitutionnelle a jugé que le droit fondamental à la vie ne signifie pas la simple possibilité d’exister sans tenir compte des conditions dans lesquelles cela se fait, mais, au contraire, il suppose la garantie d’une dignité de l’existence, ce qui implique pour l’individu la plus grande possibilité de déployer ses facultés corporelles et spirituelles ». Elle précise que si « l’État a échoué dans le domaine des soins de santé, où il y a un état de choses inconstitutionnel qui viole les droits à une vie digne de chaque Colombien », la solution « n’est pas de tuer tous les Colombiens atteints d’une maladie en phase terminale comme le propose ce projet », car ce serait « un échec d’adopter une législation permettant de tuer des patients en phase terminale et non une loi qui leur donne des garanties dans leurs traitements ». Elle a également insisté sur le fait que légaliser l’euthanasie « décourageait la recherche et l’investissement dans les technologies et le traitement de la gestion de la douleur ».

 

Sources : La Nacion (09/04/2021) ; NotiAmerica (09/04/2021) ; Diario Juridico, Ana Paula Maritano (09/04/2021) – Photo : Pixabay\DR

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