Empathie maternelle : des racines épigénétiques ?

Publié le : 15 décembre 2020

Des chercheurs japonais de l’université de Fukui ont identifié des liens entre le gène de l’ocytocine (appelé OXT) – et plus précisément sa modification épigénétique par méthylation -, la structure du cerveau et l’empathie maternelle. Leurs travaux ont été publiés dans la revue Psychoneuroendocrinology[1].

L’empathie, c’est-à-dire notre capacité à ressentir et à comprendre les émotions des autres, est de deux types : cognitive et affective. « L’empathie cognitive consiste à comprendre les émotions d’une autre personne sur un plan intellectuel », quand l’empathie affective s’apparente à une « contagion émotionnelle, où l’on ressent instinctivement l’émotion d’une personne après avoir observé son expression ou d’autres indicateurs d’humeur ». Deux types d’empathie qui « prédisent fortement le comportement des parents avec leurs enfants et peuvent ensuite influencer le développement psychologique de l’enfant » selon les chercheurs.

D’un point de vue biologique, des niveaux élevés d’ocytocine, « l’hormone dite « d’amour » », « prédisent une parentalité sensible ». Et la modification épigénétique du gène, plus précisément « la « méthylation de l’ADN » – l’ajout d’un groupe chimique appelé « méthyle » à des endroits spécifiques – dans le gène de l’ocytocine, a été associée aux traits de personnalité et à la structure du cerveau chez l’homme ». Alors la méthylation de l’OXT peut-elle influencer l’empathie chez les mères ? Pour répondre à cette question, les chercheurs ont mesuré la méthylation de l’OXT en analysant les échantillons de salive de 57 mères japonaises qui s’occupaient d’au moins un jeune enfant. Ils ont par ailleurs utilisé une technique d’IRM pour examiner la taille des régions du cerveau liées à la méthylation de l’OXT. Enfin, les niveaux d’empathie cognitive et affective des mères ont été évalués à l’aide d’un questionnaire psychologique.

Les résultats ont montré que la méthylation de l’OXT était corrélée positivement à la « détresse personnelle » de la mère, en rapport avec la dureté de l’éducation parentale. De plus, la méthylation de l’OXT était corrélée négativement avec « le volume de matière grise dans le gyrus temporal inférieur droit ». « En d’autres termes, une méthylation élevée du gène de l’ocytocine a réduit le volume du cerveau dans la région temporale inférieure tout en augmentant la détresse personnelle », expliquent les chercheurs. « C’est la première étude à trouver une corrélation entre la méthylation de l’ADN du gène de l’ocytocine et l’empathie » a déclaré le professeur Akemi Tomoda, directeur de l’étude. En revanche les chercheurs n’ont pas identifié d’effet de la méthylation de l’ADN sur la structure du cerveau, ce qui signifie que « la structure cérébrale ne semble pas être le médiateur de la relation entre les changements épigénétiques du gène OXT et l’empathie ».

Le professeur Tomoda espère que ces résultats pourront « avoir une réelle contribution à la compréhension du développement psychologique des enfants », afin de mieux comprendre les enfants maltraités et de contribuer à leur bon développement.

[1] Daiki Hiraoka, Shota Nishitani, Koji Shimada, Ryoko Kasaba, Takashi X. Fujisawa, Akemi Tomoda. Epigenetic modification of the oxytocin gene is associated with gray matter volume and trait empathy in mothers. Psychoneuroendocrinology, 2021; 123: 105026 DOI: 10.1016/j.psyneuen.2020.105026

Source : Science Daily, University of Fukui (07/12/2020)

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