Débat : Le transhumanisme, augmenter ou diminuer l’homme ?

Publié le : 26 mai 2016

Dans un débat paru dans l’Express, la question de l’homme augmenté opposait Laurent Alexandre, urologue et entrepreneur, et Miguel Benasayag, épistémologiste et philosophe.

 

Pour le premier, il ne faut pas nier la révolution technologique, ni le constat que dresse le transhumanisme selon lequel l’homme disposera un jour d’un pouvoir inouï sur sa nature biologique, son cerveau, son ADN, ses cellules, même s’il n’est pas encore prêt, et on ne peut pas lui faire accepter de « rester un humain 1.0, frêle, mortel, quand l’hybridation avec les technologies NBIC pourrait le rendre plus fort et immortel ». Selon Laurent Alexandre, personne ne se pose de question sur la révolution technologique, et il est impossible en pratique de la freiner.

 

Miguel Benasayag quant à lui alerte sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement d’une augmentation, mais aussi d’une diminution dans la mesure où l’augmentation artificielle de l’homme exclue tous les paramètres qui le façonnent. Il souligne le retour d’un vieux mythe selon lequel il faut se libérer du corps, « se débarrasser de la régulation biologique, de ce qu’elle porte en elle de négatif mais aussi d’organique, et devenir une pure machine sans défaut », et il regrette que le « fanatisme mécaniste » « intoxique » la recherche elle-même, suscitant dans l’opinion l’espoir d’un dépassement de la vie périssable. Or, cette « approche fragmentée, partielle, dit-il, fait fi des réactions du métabolisme qui surgissent inévitablement quand on cherche à les modifier », du réel qui s’impose à un moment.

 

S’agissant de la question de la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable, quand pour Laurent Alexandre on ne peut la tracer puisque l’évolution technologique fait aussi évoluer l’opinion, s’élargir le champ des possibles, et qu’il convient de laisser les générations futures décider, Miguel Benasayag manifeste son désaccord. Il dénonce un « eugénisme de fait » dont personne ne débat, en s’appuyant sur un constat : le fait qu’en région parisienne « il n’y ait plus de naissance d’enfants trisomiques ». Selon lui, le fait que la technique ait rendu la sélection possible semble l’avoir rendue également obligatoire. Le problème qu’il soulève est celui de l’éducation, de l’accès du citoyen à la compréhension, à la complexité technologique : « Que les citoyens soient maintenus dans l’ignorance totale de la mutation en cours et qu’ils y adhèrent comme des moutons, c’est nouveau et c’est très dangereux ». 

 

<p>L'Express (25/05/2016)</p>

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