Débat autour du clonage

Publié le : 2 janvier 2003

Nombreuses sont les réactions après la naissance, non encore prouvée, du premier bébé clone.Toutes sont unanimes pour considérer qu’il s’agit d’un « crime contre l’humanité » et pour rappeler que la technique du clonage reproductif touche à l’identité propre de l’homme. 

Tous ceux qui se sont exprimés sur le sujet dénoncent l’absence de règle internationale pour contrer un tel projet et souhaitent que la communauté internationale se concerte au plus vite pour empêcher de telles initiatives. 

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune s’étonne que l’on accuse les Etats-Unis et le Vatican d’avoir empêché l’élaboration de règles internationales contre le clonage et de ce fait d’avoir permis la naissance du premier bébé cloné. Il rappelle que ces 2 états souhaitaient une interdiction totale du clonage tant reproductif que thérapeutique. Position scientifiquement irréprochable rappelle-t-il, puisque tout clonage est reproductif dans la mesure où il commence à produire un embryon. Il faut donc cesser de distinguer les deux et de considérer qu’il existe un « méchant clonage (reproductif) et un gentil clonage (thérapeutique) ».

 

La vérité c’est que nous sommes en pleine « dépression éthique » ajoute M. Le Méné et que les seuls arguments invoqués contre le clonage (comme le souci d’une relation de couple indispensable à la constitution de l’identité de l’enfant et l’aspect unique et irremplaçable d’un bébé) ont d’ores et déjà volé en éclat avec les techniques de procréations médicalement assistée et la pratique des diagnostics prénatal et pré implantatoire.

 

Or pour justifier ces dérives, on a invoqué des motifs de « compassion« , motif qui viendra aussi certainement à bout de la peur du clonage. Il affirme que  « le clonage reproductif est un crime contre l’humanité » et que « le clonage thérapeutique l’est doublement » car « le clonage thérapeutique c’est le clonage reproductif plus la mort » rappelle t-il. Il pousse plus loin le raisonnement en posant la question : « si le clonage reproductif est tellement monstrueux aurait-on préféré disposer d’Eve, très jeune, en pièces détachées ?  » Ce serait  du clonage thérapeutique.  La seule solution, conclut-il est d’interdire en amont tout clonage embryonnaire. Ce qui est condamnable ce n’est donc pas tant la naissance mais ceux qui rendront toujours possible le clonage reproductif parce qu’ils ne veulent pas interdire aussi le clonage thérapeutique. 

Le Pr Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique à Strasbourg rappelle que le clonage reproductif atteint un nouveau degré de gravité par rapport à d’autres évolutions scientifiques déjà très controversées dans la mesure où elle touche à la nature même de l’espèce humaine dont on ne peut se protéger. Il s’interroge sur notre capacité à résister à de tels événements : « nos sociétés auraient-elles perdu la capacité de dire non? » La France doit qualifier le clonage reproductif de crime contre l’humanité. Ne rien dire « serait en quelque sorte une figure politique moderne de la complicité ». Renoncer à légiférer parce que les lois seront transgressées constitue en soi une régression, ajoute t-il. Jusqu’alors l’être humain était le résultat vivant du hasard ( bien que limité avec le Diagnostic Prénatal et le Diagnostic Pré Implantatoire) et donc un être unique dans un corps unique. 

Corinne Lepage, ancienne ministre et présidente du CAP 21 souligne de son côté que l’une des causes de cette naissance  est à rechercher dans la marchandisation de la vie qui s’est traduite notamment par la brevetabilté du vivant. « Dès lors que le vivant végétal et animal est brevetable, l’humain est dans la ligne de mire » dénonce t-elle. Autre cause : la perte de valeur morale et la montée en puissance de la valeur marchande. Ainsi l’Académie de médecine a t-elle cru bon de justifier ses décisions sur les seules considérations économiques alors que les preuves scientifiques étaient encore insuffisantes.  « Il faut pouvoir interdire certaines recherches ou expériences contraires aux règles minimales de l’éthique universelle » rappelle t-elle. « La restauration du politique devient une question de vie ou de mort à terme des humains et elle impose que tout ne soit pas permis en matière de recherche et de sciences appliquées » ajoute t-elle.

Robert Redeker, philosophe, constate que les progrès techniques poussent l’humanité à résister à des défis qui mettent en jeu l’essence même de l’homme et nous imposent des choix essentiels. Le clonage, de ce fait nous renvoie à l’exercice de notre liberté et à notre propre perception de l’humanité. Il va nous falloir exercer notre liberté pour résister à la tentation diabolique de produire des humains désingularisés. 

Jean-Michel Truong, romancier explique qu’avec le clonage, le concept du cannibalisme revient sur le devant de la scène puisque désormais  il redevient possible de « dépecer son prochain pour s’en repaître, de placer des vies humaines sur une balance afin de déterminer laquelle pèse plus lourd et laquelle plus légère ». Il craint ensuite qu’un pas de plus soit franchi et que nous nous dirigions vers la production de chimères mi-chèvre, mi-chou, mi-lard mi-cochon, mi-carpe, mi lapin…

Enfin Geneviève Delaisi Parseval, psychanalyste, rappelle qu’après l’ère de la reproduction non sexuelle nous entrons dans l’ère de la reproduction non sexuée. La dissociation possible entre sexualité et procréation datant de l’ère contraceptive. Dorénavant, il risque d’exister une offre médicale en même temps qu’une demande de la part de parents potentiels pour un tel type de reproduction. Face aux dangers du clonage reproductif, il lui semble important d’éviter tout manichéisme. On ne peut pas juger du désir des parents et de l’accueil réservé à l’enfant. Ce n’est donc pas eux qu’il faut stigmatiser mais les « promoteurs de ces procédés hasardeux » conclu t-elle.

<p>Le Figaro 02/01/03 - Le Monde 02/01/03 - Libération 02/01/03 -  Famille Chrétienne (Steve O'Connor) 11-17/01/03</p>

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