Congélation ovocytaire : dans les dédales de la loi française

Publié le 10 Jan, 2019

En France, la congélation ovocytaire pour convenance personnelle est officiellement interdite. Mais elle est réalisée lors des parcours de PMA, en cas de don d’ovocytes ou encore pour raison médicale.

 

Depuis 2015, il est en effet possible de conserver une partie des gamètes prélevées pour soi et de les congeler, « en guise de rétribution » pour un don d’ovocytes (cf. Don de gamètes : une entorse au principe de gratuité ?; Publication du décret ouvrant le don de gamètes aux adultes sans enfant). A condition de prélever plus de six ovocytes. Si cette pratique est devenue courante, elle est qualifiée d’ « hypocrite » par certains médecins, qui la juge insuffisante : « selon les études espagnoles, il faut entre 12 et 20 ovocytes vitrifiés pour avoir 50% de chances de grossesse » soutient Sophie Jonard-Catteau, professeur en gynécologie au CHRU de Lille. Dans ces cas, il n’hésite pas à les « orienter vers l’étranger » : « dans le Nord, on a beaucoup de donneuses, on peut se permettre de les refuser. À Paris, il y a beaucoup de femmes célibataires qui donnent pour en garder, et ils les acceptent, car eux ont très peu de donneuses » poursuit Sophie Jonard Catteau.

 

D’un autre côté, la loi autorise les femmes depuis 2004 à congeler leurs ovocytes avant de prendre un traitement reprotoxique. La plupart du temps réalisé dans les cas de cancer, le texte est toutefois interprété plus ou moins largement selon les centres de préservation de la fertilité. Ainsi au CHU de Lille, on estime que « tout patient qui sait sa fertilité menacée pour une raison médicale a le droit de faire conserver ses gamètes », y compris à cause d’ « une réserve ovarienne faible ou de la prise d’un traitement qui exige d’être sous contraception plusieurs années, pile au milieu de la trentaine ». De fait, de nombreuses femmes se rendent dans ce centre, ayant essuyé un refus dans d’autres centres.

 

Tous ces ovocytes congelés, seront-ils utilisés ? « Je commence seulement à réutiliser les ovocytes après des cancers du sein, on est en train de faire la 5ème patiente, ce n’est pas beaucoup par rapport au nombre de femmes qui ont congelé », explique Christine Decanter du CHU de Lille. « Si on me montre plus tard que le taux de réutilisation est de 4%, ce sera un échec » estime-t-elle. En outre, si elle y est favorable personnellement, elle rappelle qu’« on n’a pas d’argument médical majeur pour dire qu’il faut congeler en prévention, parce qu’on n’est pas sûr que ça serve à quelque chose ».

 

Pour aller plus loin :

 

 

 

Cheek Magazine (10/01/2018)

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