Chine : de l’enfant unique au commerce d’enfants

Publié le : 22 juillet 2010

En Chine, "le kidnapping d’enfants est devenu un véritable phénomène social" déplore Cheng Zhu, peintre en bâtiment vivant dans la province du Shaanxi, dont la petite fille de 5 ans a été kidnappée le 18 octobre 2005 à la sortie d’un jardin d’enfants. Zhang Ping, jeune mère de famille raconte aussi comment son fils de 3 ans a été enlevé en 2008. Les chiffres officiels indiquent "seulement" 4700 enfants enlevés l’an passé, mais certains estiment qu’ils sont des dizaines de milliers.

Selon Zhang Zhiwei, ancien juge devenu avocat qui conseille le gouvernement sur les problèmes de kidnapping d’enfants, le commerce d’enfants existe depuis longtemps dans certaines traditions chinoises, mais la politique de l’enfant unique et le défaut de filet social dans les zones rurales l’ont renforcé. La préférence des couples pour les garçons, qui garantiront leurs retraites et seront des gagne-pain, entraîne l’avortement sélectif des filles. Dans certaines provinces, comme le Henan, le Shanxi et le Shaanxi, des couples "adoptent des filles en bas âge destinées à épouser le fils de la famille" et "en attendant les noces, celles-ci servent de bonnes à tout faire". A cause du déficit de filles dans les campagnes, cette tradition du tongyangxi (enfant élevé pour le mariage) se renouvelle.

Une autre pratique qui se développe : contourner l’interdit de l’enfant unique en déclarant que la femme enceinte a accouché de jumeaux, exception tolérée dans les villes. Les employés d’hôpitaux acceptent de fausses déclarations contre quelques milliers de yuans. Des naissances de jumeaux sont donc déclarées au lieu d’une naissance unique et le deuxième enfant est en réalité acheté clandestinement.

L’accroissement des inégalités aggrave ces pratiques : "la plupart des enfants kidnappés sont ceux de travailleurs migrants, et la plupart des ravisseurs sont aussi des travailleurs migrants – qui peuvent gagner l’équivalent d’un an de revenus en vendant un enfant. Ils n’ont même pas l’impression de commettre un crime, la vente d’enfants étant tolérée dans beaucoup de régions". Certains villages de zones très déshéritées se sont ainsi "spécialisées dans la vente de leurs enfants".

S’il existe maintenant un bureau à Pékin dédié à ces questions d’enlèvements, qui lance sans cesse des "opérations de sauvetage d’enfants", et si une banque ADN a été récemment mise en place, beaucoup de parents victimes constatent l’inaction de la police, voire sa complicité au niveau local.

Libération (Philippe Grangereau) 22/07/10

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