Changement de sexe chez l’enfant : la déstructuration du lien parent-enfant en cause ?

Publié le : 10 décembre 2020

« Faut-il laisser l’enfant déterminer son sexe ? », interroge Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste, membre du groupe de travail Famille de l’Institut Thomas More. Une question posée par « des parents d’aujourd’hui, soucieux de l’épanouissement de leur enfant » (cf. Enfants transgenres : il faut espérer que l’expérience de Keira Bell éclairera Sasha (Olivia Sarton)). Pour le pédopsychiatre l’intention est « louable », mais la manière de faire « plus perturbatrice que favorable à son épanouissement ». En effet, avoir peur « d’« assigner » l’enfant à un sexe qui ne serait pas conforme à son ressenti », c’est « se méprendre sur ce qui fait l’enfant se sentir être un garçon ou être une fille », affirme Christian Flavigny.

Car « l’enfant perçoit tôt que son corps est sexué ». Un corps qu’il s’approprie « en concordance et communauté de vécu avec son parent de même sexe », explique le pédopsychiatre. Sa « vie imaginaire » lui fait rêver son alter ego de l’autre sexe et parfois, « l’enfant voudra recourir à l’expérience vécue, se joignant ainsi aux autres groupes de l’autre sexe et s’adonnant à leurs jeux favoris » pour répondre à la question : « être de l’autre sexe aurait-il garanti d’être plus sûrement aimé/aimée ? ». Et quand le questionnement aboutit à la demande de changer de sexe, « ce n’est pas là le témoignage d’une maturité mais l’indication d’un mal-être traduisant le sentiment d’être en porte à faux avec les sexes », affirme Christian Flavigny. Par conséquent, « il faut le prendre au sérieux, ce qui ne veut pas dire le prendre au pied de la lettre », précise-t-il. Au risque de proposer « le leurre qui fascine à la place de l’aide » (cf. Royaume-Uni : une jeune femme poursuit la clinique où elle a subi une « transition de genre »).

Des pratiques anglo-saxonnes importées en France

Alors donner des poupées aux filles, est-ce leur imposer des « codes figés » ? Le penser serait « omettre que la fille avec ses poupées met en jeu, au plein sens du terme, une rêverie de devenir mère plus tard, soutenue par l’identification à sa mère et son désir de devenir grande, rectifie le pédopsychiatre. L’identification est le canevas d’une transmission, elle guide une exploration de l’enfant, elle ne l’emprisonne pas mais au contraire le mène à la liberté : il peut contester le modèle, il ne s’en privera d’ailleurs pas à l’adolescence, ce qu’il faut lui souhaiter ». Mais cela, « la gender theory le récuse », déplore Christian Flavigny. Avec une « vacuité théorique » qui « se dissimule derrière la victimisation qui seule a permis son succès ».

Le pédopsychiatre dénonce la médicalisation d’une « transition » qui engage « traitements invalidants, bloqueurs de puberté et hormones sexuelles d’effet parfois irréversible, qui enferment l’enfant dans sa démarche et comportent le risque majeur de l’entraîner dans une impasse aux issues dramatiques » (cf. Surdiagnostics de dysphorie de genre chez des enfants : 35 psychologues démissionnent au Royaume-Uni). Cette approche est importée des pays anglo-saxons et nordiques explique Christian Flavigny, qui regrette que « l’approche psychologique prudente où [la France] excelle, compréhensive et respectueuse, associant les parents et l’enfant et dénouant patiemment l’entrelacement de leurs sentiments » ne soit pas de mise. « La culture du lien familial a été dévastée par les lois sur tous les thèmes de la famille et les lois de bioéthique, déstructurant le lien parent-enfant dans son équilibre propre à notre culture » (cf. Loi Bioéthique : Filiation, la pomme de discorde, Adoption : une proposition de loi vide « de l’essentiel pour sécuriser un enfant »). Pour Christian Flavigny, il s’agit d’un « authentique saccage » qui aura « des conséquences assurées sur le lien social ».

Source : Valeurs actuelles, Christian Flavigny (10/12/2020)

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