Cellules souches : enjeux et ambitions

Publié le : 27 juin 2006

Grégory Katz-Bénichou, professeur et titulaire de la chaire de bioéthique et innovation thérapeutique à l’Essec, présente les cellules souches du sang de cordon comme l’alternative aux cellules souches d’embryons humains dont l’utilisation pose de graves problèmes éthiques.

La première greffe mondiale de sang de cordon a été réalisée en 1987 par le Pr Eliane Gluckman (hôpital Saint Louis, Paris). Depuis, plus de 6000 patients ont bénéficié à travers le monde d’un traitement contre des cancers ou des hémopathies.
Les cellules souches de sang de cordon permettent de réaliser avec succès des greffes même en cas d’incompatibilité tissulaire. Ces propriétés tissulaires permettent de trouver des donneurs compatibles dans presque 100% des cas. En 2004, le Japon a été le premier pays du monde à réaliser plus de greffes de sang de cordon que de greffes de moelle adulte. La plasticité des cellules souches ombilicales se rapproche de celle des cellules souches embryonnaires. L’avantage des cellules souches ombilicales c’est qu’elles n’induisent pas d’effets tumorigènes après transplantation. In vitro et in vivo, ces cellules sont parvenues à régénérer de l’os, du cartilage, des vaisseaux, du muscle, des cellules de foie, du coeur et des neurones. Peter Wermet et son équipe de Düsseldorf estime que le sang de cordon "pourrait servir de source universelle pour la médecine régénérative".

Les cellules souches du sang de cordon sont stockées dans des banques, publiques ou privées. La première, à but non lucratif, fait des stocks à partir de dons gratuits et est financée par la santé publique. La seconde est à but lucratif et réserve des stocks à des fins dirigées. Stocker du sang de cordon dans une banque privée revient en moyenne à 1 500 euros à la naissance puis à 100 euros par an pour frais de stockage.
En avril 2006, on dénombre 134 banques privées dans le monde, pour un total d’environ 740 000 unités et 54 banques publiques pour 230 000 unités. Les banques privées sont interdites dans de nombreux pays (France, Espagne, Italie, …), elles se développent "rapidement" en Grande-Bretagne, en Allemagne et "leur essor est fulgurant" en Asie, Australie et aux Etats-Unis. Pour multiplier la capacité de ces banques publiques, le Congrès américain a voté en décembre 2005 le Stem Cell Therapeutic and Research Act. 79 millions de dollars ont été investis pour qu’en 2010 le ratio de 250 000 unités pour 300 millions d’habitants soit atteint. Le Japon et la Corée du sud se sont également fixés cet objectif. La banque centrale de Singapour vise un ratio de 12,5 greffons pour 10 000 habitants d’ici 2010. En janvier 2006, la France possède 5 150 unités stockées ce qui la place au 16ème rang mondial en nombre d’unités par habitant. Ce retard est tempéré par la qualité des greffons français pour lequel la France s’affiche dans le "peloton de tête". Ainsi, l’enjeu de la France pour rester dans la compétitivité internationale est d’augmenter la taille de sa banque tout en conservant l’excellente qualité de ces greffons. Ces défis sont relevés par la Fondation Eurocord qui anime un réseau européen de banque de sang de cordon, une plateforme de recherche clinique, un laboratoire de recherche et un pôle de formation.

L‘ensemble du marché des cellules souches est estimé à 15 milliards de dollars. Il stimule donc l’intérêt des plus grandes firmes pharmaceutiques, malgré les controverses éthiques qu’il suscite. Les grands laboratoires collaborent avec des entreprises de biotechnologie dans lesquels ils investissent selon la maturité des portefeuilles de brevets ou de développements cliniques des sociétés biotech. Ainsi, les sociétes Geron, Stemride, ESI, BresaGen se sont spécialisées dans la vente de lignées embryonnaires, Aastrom Biotechnologies, Osiris Therapeutics dans les cellules souches issues de la moelle osseuse, et Viacell, BioE et Pluristem dans le sang de cordon ombilical.
La vente de lignées embryonnaires est devenu un vrai commerce très lucratif. Alan Colman, un des biologistes à l’origine de la brebis clonée Dolly, a développé à Singapour la société Embryonic Stem Cell International (ESI), entreprise de commerce de lignées embryonnaires. Il regrette de ne pouvoir proposer à ses clients des "embryons humains de première classe" ce qui permettrait d’obtenir des lignées cellulaires de meilleure qualité. Pour le moment, il reçoit du gouvernement de Singapour des financements pour mener des recherches sur le clonage humain.

Pour encourager la recherche sur les cellules souches non-embryonnaires, le Congrès américain a alloué, dans le cadre du Stem Cell Therapeutic and Research Act, 265 millions de dollars aux recherches sur les cellules progénitrices de la moelle osseuse et aux cellules souches de sang de cordon.

De nombreuses sociétés usent de ruses pour contourner les obstacles éthiques inhérents à l’utilisation de cellules souches embryonnaires (destruction de l’embryon, …) et essaient de créer des embryons humains qui ne puissent pas être considérés comme tels. Ainsi, certains chercheurs tentent de fabriquer des clones humains sans cerveau, ou des embryons clonés à partir d’ovules de vaches ou de lapines. D’autres travaillent sur la parthénogenèse afin de fabriquer des embryons sans fécondation…

Les Echos (Grégory Katz-Bénichou) 08/06/06

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