AMP : La pratique dite de « l’accueil de l’embryon » suscite le malaise

Publié le : 2 juin 2015

Dans l’optique de « transparence » définie lors de l’ouverture des journées de l’Agence de biomédecine (ABM), une évaluation des pratiques d’aide médicale à la procréation (AMP), mesurant « l’offre et les besoins » en France est à venir. Mais dores et déjà, l’ABM a annoncé ses objectifs dans ce domaine : « Améliorer l’accès et l’évaluation des pratiques en matière de procréation ».

Florian Bayer, géographe de la santé, a présenté un atlas analysant l’offre de soins en AMP en France. L’ABM se félicite de ce que les résultats montrent « une adéquation entre l’offre et les besoins en AMP ». Cet atlas, qui n’est pas encore publié, sera destiné aux acteurs de santé en AMP.

 

L’accueil d’embryons

 

La pratique d’« accueil d’embryon » a été l’objet des interventions suivantes et a suscité une importante discussion. Cette pratique donne la possibilité à un couple ayant eu recours à la FIV, de donner ses embryons surnuméraires quand le « projet parental » n’a plus de suite. Les autres « options » sont l’« arrêt de conservation » ou le don à la recherche.

Le Dr Françoise Merlet, référente AMP de l’agence, a développé les aspects organisationnels de l’accueil d’embryon, qui sont règlementés par les lois de bioéthiques de 1994. La première naissance en France par accueil d’embryon a eu lieu en 2004. Tous les centres d’AMP ne sont pas autorisés à cette pratique, qui représente moins de 0,1% de l’activité d’AMP.

En 2013, 191 845 embryons surnuméraires étaient conservés : 70% d’entre eux étaient concernés par des projets parentaux en cours, 16% de ces embryons étaient « en abandon de projet parental ». Pour les 14% restants, les couples ne répondent pas ou sont en désaccord. 638 couples ont décidé de donner leurs embryons en 2013, ce qui a entrainé 201 transferts pour 170 couples receveurs. Seuls 44 enfants sont nés, établissant le taux de réussite à seulement 21%.

L’objectif fixé aujourd’hui mise sur plus d’efficacité, notamment dans les techniques de congélation embryonnaire, mais l’ABM veut aussi mettre en place un financement plus juste et développer des conventions pour tous les centres d’AMP. Le Dr Merlet regrette la « lourdeur des procédures imposées par la règlementation », la « complexité organisationnelle » et les freins empêchant les couples de « consentir à donner leurs embryons ».

 

Devenir des embryons « sans projet parental »

 

Le Dr Jacqueline Mandelbaum, « pionnière dans l’AMP », membre du CCNE et du conseil d’orientation de l’ABM a présenté une étude sur « le choix des couples dans la situation d’arrêt du projet parental ».

Retenons des nombreuses données évoquées, que parmi les couples ayant décidé de donner leurs embryons pour la recherche, « seul 25% ont confiance » dans les recherches menées avec leurs embryons, et « 48% souhaiteraient plus d’information ».

Par ailleurs la représentation qu’a le couple de l’embryon influence son choix : s’il a encore une projection parentale, le couple préfèrera l’« arrêt de conservation », tandis qu’une vision matérielle entrainera plutôt un don à la recherche et une vision altruiste poussera au don d’embryon.

Enfin, si cette pratique « a mis du temps à être acceptée car l’accueil d’embryons est plus transgressif que le don de gamètes », certains émettent l’idée que l’accueil d’embryon « pourrait être envisagé comme solution au déficit de don de gamètes. »

Dans la discussion, de nombreuses personnes ont réagi, avouant : « Nous sommes tous très mal à l’aise par rapport à cette pratique », « nous nous sommes piégés », se justifiant par le fait que « cette technique n’a pas été voulue pour elle-même, mais pour trouver une issue aux embryons surnuméraires ».

Une remarque sur l’enfant né de cet accueil d’embryon a émergé : « Comment dans 20 ans pourra-t-il s’approprier les modalités de sa conception ? » ; « mais la question de l’enfant est rarement envisagé par les couples ».

Des évolutions sont à attendre dans les années à venir : « Si on arrive à vitrifier les ovocytes on ne congèlera plus ses embryons, ce sera un bien pour tout le monde : les embryons surnuméraires seront de moins en moins nombreux. »

 

 

 

 

 

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