Alerte sur le nombre élevé d’amniocentèses

Publié le 29 Mar, 2005

Le Pr René Frydman, chef du service de gynécologie-obstétrique et de médecine de la reproduction à l’hôpital Béclère de Clamart, et le Pr Arnold Munnich, chef de service de génétique médicale à l’hôpital Necker Enfants-Malades (Paris) sont revenus, pour le premier, sur le nombre très élevé d’amniocentèses et les risques que cela encoure, pour le second, sur l’importance de l’âge du père au moment de la fécondation.

L’amniocentèse, pratiquée sur une femme enceinte, consiste à ponctionner du liquide amniotique sous échographie afin de recueillir des cellules fœtales pour déceler d’éventuelles anomalies génétiques ou chromosomiques. Le Pr Frydman déplore la généralisation du recours à cette pratique, qui n’est pas dénuée de risque (0,5 à 1% de risque de fausses couches*, augmentation de la probabilité de naissance prématurée). Si 18 000 amniocentèses ont été pratiquées en 1998, 80 000 le sont aujourd’hui, soit 11 à 12 % des 750 000 femmes enceintes chaque année (16% en Ile de France).

Le Pr Frydman explique : "cette multiplication des amniocentèses par excès de précaution pose un problème de santé publique majeur. Il est absolument nécessaire d’expliquer aux femmes les enjeux et les risques de cette technique car on sait très bien qu’il est très facile d’inquiéter une femme enceinte et de lui proposer toute une batterie d’examens pour la rassurer".  Il y a plus de fausses couches d’enfants normaux provoquées par amniocentèse que de maladies graves détectées sur un fœtus. 44 % ** des couples sur Paris intra-muros à qui on annonce un fœtus porteur d’une anomalie décide d’une interruption médicale de grossesse (IMG), "souvent très mal vécue tant par le couple que par l’équipe soignante".

La hausse de la pratique de l’amniocentèse est due à l’inquiétude des médecins face à la judiciarisation grandissante des actes médicaux et au "retard" de l’âge de la maternité.16% des femmes enceintes ont plus de 38 ans, l’âge étant un facteur de risque d’avoir un enfant porteur d’une malformation.

La France est le "premier pays au monde" pour le diagnostic prénatal et le dépistage des malformations fœtales par échographies et marqueurs sériques. Le Pr Frydman rappelle que "les marqueurs sériques sont loin d’être fiables" notamment parce qu’"il y a beaucoup trop de faux positifs qui incitent à pratiquer une amniocentèse pour affiner le diagnostic". Il explique que les médecins anglais ont beaucoup moins recours à l’amniocentèse car ils utilisent plus tôt des marqueurs différents et plus viables qu’en France. Pour le Pr Frydman, si les médecins français utilisent des critères similaires, le taux d’amniocentèse pourrait être ramené à 7 % passant ainsi de 80 000 à 53 000. "Pour le plus grand bien des femmes et de leurs bébés" conclut Le Figaro.

Selon le Pr Arnold Munnich, l’âge du père jouerait un rôle dans l’apparition de certaines maladies génétiques en particulier pour des formes de malvoyance, de nanisme et de maladie neurologique et cutanée. Il regrette que "du fait des fantasmes de l’opinion publique vis-à-vis de la toute-puissance de la génétique et du diagnostic prénatal, les familles considèrent aujourd’hui que la naissance d’un enfant malade est un scandale, voire même une erreur médicale".

* Le Pr Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique du CHU de Strasbourg, parle de 1 à 2 % de fausses couches (La Croix, 27/04/00).
** NDLR : dans le cas de l’annonce d’une trisomie 21, plus de 95 % des foetus diagnostiqués comme tels sont avortés.

Le Figaro (Catherine Petitnicolas) 26/03/05

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