Affaire Lambert : Les paradoxes d’une décision incompréhensible

Publié le : 8 juin 2015

Jean Yves Nau, journaliste et docteur en médecine, a réagi à la décision de la CEDH concernant Vincent Lambert, au travers de plusieurs articles.

 

Il s’interroge tout d’abord sur les suites qui seront données à la décision du 5 juin : « L’AFP[1] rappelle que l’arrêt rendu ce vendredi est définitif et sans appel. Pour autant il pourrait ne pas marquer l’épilogue de cette tragédie sans précédent : La décision d’arrêt de l’alimentation ‘a été prise par un médecin et ne peut être mise en œuvre que par ce médecin’ ». Pour lui, «l’affaire Vincent Lambert ne fait que commencer », car « quel médecin, quelle équipe soignante acceptera d’arrêter de nourrir et d’hydrater un homme dont nul ne sait quel est l’état de conscience ? » Une telle décision ne prend pas en compte seulement le droit, il faut y ajouter « la médecine et la morale ».

 

Jean Yves Nau dénonce par ailleurs les paradoxes de la justice qui déclare que « cet homme doit mourir ‘au nom du droit à la vie’ », et il s’étonne des questions qui restent « étrangement » sans réponse : « Quelles sont, sur le fond, les raisons qui font que Vincent Lambert demeure hospitalisé au CHU de Reims ? Pourquoi interdire son transfert dans une unité hospitalière dont l’équipe a déjà fait savoir qu’elle acceptait sa prise en charge ? Comment a-t-on pu accepter de laisser ce malade pris en charge, durant deux ans, par une équipe soignante qui avait collégialement décidé que l’heure était venue de ne plus le laisser vivre ? » Il décrypte « un langage destiné à déformer la réalité » notamment par l’emploi récurrent de l’expression « l’absence d’espoir d’amélioration » qui « entretient ici, consciemment ou pas, la confusion avec le concept d’acharnement thérapeutique ».

 

Il note cependant la réaction des 5 juges de la CEDH : « Entendre des magistrats dire leur ‘effroi’ devant le jugement rendu par leurs pairs a, précisément, quelque chose qui est de l’ordre de ‘la révolution’ ». Par ces mots, les 5 juges « résistent » au « tour de passe-passe juridique typiquement français fondé sur une forme de glissement lexical ».

 

Enfin, Jean Yves Nau reproche aux médias leur manque de respect envers Vincent Lambert alors que « l’affaire Vincent Lambert incite à la solennité, cette solennité qui, comme l’on sait, est souvent à mi chemin de l’outrance et de la vérité ». Or pour certains, « le spectacle est lancé », et « maintenant que l’audience est là, va-t-on éteindre les lampes de la rampe ? »

 

 

[1] Agence France Presse

<p>Jean Yves Nau (05/06/2015;06/06/2015;07/06/2015;08/06/2015)</p>

Partager cet article

Synthèse de presse

Chronique audio

Textes officiels

ressources

Fiches pratiques

Bibliographies

S'abonner aux lettres