Affaire Humbert : faut-il légiférer sur l’euthanasie ?

Publié le : 2 octobre 2003

La médiatisation actuelle du cas du jeune Vincent Humbert, hospitalisé pendant trois ans dans un centre de rééducation fonctionnelle et décédé en ayant exercé, à plusieurs reprises, une demande de mort adressée à sa mère, pose  la question de l’euthanasie.

 

Faut-il légaliser l’euthanasie ?

Les media s’interrogent : la France doit-elle rejoindre les Pays-Bas et la Belgique dans la dépénalisation de l’euthanasie ? Les soins palliatifs peuvent-ils répondre à toutes les souffrances, notamment pour les malades tétraplégiques ou incapables de mettre fin, par eux-mêmes, à leurs jours ?

La lecture de la presse autour de la mort de Vincent Humbert montre une confusion dans le public, chez les journalistes et même chez certains soignants sur la différence entre l’arrêt de traitements actifs (ventilation artificielle par exemple) et l’euthanasie qui est une « aide » à mourir par un geste ou un médicament mortel.

 

Fin d’acharnement thérapeutique

La question à soulever est celle de l’arrêt des thérapeutiques de maintien de vie dans une situation d’impasse thérapeutique chez quelqu’un qui ne désire plus vivre. La pédiatre Edwige Antier, dans un article du Figaro daté du 27 septembre 2003 pose une question : aurait-on pu diminuer certains traitements ou certains soins de base, comme l’alimentation, afin que la mort survienne de façon naturelle ? Ceci pourrait-il éviter une demande de mort brutale qui équivaut à un suicide assisté ? En effet, on peut penser que le jeune Vincent, s’il demandait à mourir et s’il avait pu éviter de se nourrir, aurait provoqué lui-même une diminution des soins qui le maintenaient en vie, en particulier la nutrition. Or la nutrition et l’hydratation sont habituellement considérées comme des soins de base et non pas comme des soins extraordinaires. Les soins curatifs actifs sont légitimement arrêtés en phase terminale et les soins palliatifs y participent.

Dans l’affaire Humbert, c’est Vincent qui, toujours nourri artificiellement, a demandé à sa mère de lui injecter un produit qui l’a plongé dans le coma. Au bout de deux jours, les réanimateurs, qui l’avait réanimé afin d’éviter une inculpation de non-assistance à personne en danger, ont décidé l’arrêt d’une ventilation qui n’était désirée ni par la famille, ni par le patient. Ils n’ont pas provoqué la mort ; il ne s’agit donc pas d’une euthanasie de la part des médecins. Ils ont arrêté un traitement devenu disproportionné en arrêtant la ventilation artificielle d’un malade qui ne désire plus être réanimé. Ils ont refusé l’euthanasie jusqu’au bout malgré certaines pressions1.

 

Le droit actuel

Le droit actuel apporte déjà des réponses satisfaisantes.

La loi prévoit en effet :

– l’accès de tous les patients (et leur famille) dont l’état le requiert à des soins palliatifs (soutien physique, psychologique, social et spirituel lors d’une maladie grave ou chronique) ;

– l’information du patient et son consentement éclairé, et donc le choix pour le patient d’arrêter les traitements actifs.

Les critères d’arrêt de réanimation existent lorsque les traitements sont devenus disproportionnés en phase terminale. En revanche, une question reste aujourd’hui posée : l’abstention d’alimentation pourrait-elle être demandée par un patient ? Cette question surgit parfois en gériatrie ou en cancérologie et c’est au cas par cas que les médecins et les soignants décident de poursuivre ou non une alimentation.

 

En conclusion, légiférer de manière générale pour abréger la vie d’un patient, qu’il soit tétraplégique, handicapé, en phase terminale ou isolé, créerait un risque majeur de dérive. En effet, épargner la souffrance éventuelle d’une agonie trop longue provoquerait d’autres souffrances liées à la rupture du contrat social qui fonde toute l’humanité, comme l’interdit du meurtre et celui de l’inceste. Aucune loi nouvelle légalisant l’euthanasie ou la dépénalisant ne peut aujourd’hui, pour les équipes de soins palliatifs, répondre à des situations rares, complexes et auxquelles on doit réfléchir au cas par cas. 

 

1/ Le Quotidien du Médecin  7-10-2003

(revue de presse  www.genethique.org )

 

Sur  l’euthanasie voir aussi :

– Gène-éthique n° 4 et n°31

– la revue de  presse quotidienne

sept-oct 2003 sur  www.genethique.org

 

 

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