Acharnement thérapeutique ? Soins palliatifs ? … vers une nouvelle déontologie médicale

Publié le 17 Mai, 2001

La revue Lancet a publié l’étude d’un groupe de médecins travaillant dans des unités de soins intensifs. Ces chercheurs ont analysé sur deux mois les décisions prises par 113 services de réanimation d’arrêter ou de limiter les soins destinés à maintenir la vie (intubation, ventilation, chirurgie, transfusion, antibiotique, dialyse…). Ils se sont aperçus que sur 1175 décès survenus en réanimation, 53 % d’entre eux avaient été précédé d’une telle décision. Cette évolution vers le rejet petit à petit de l’acharnement thérapeutique serait due à un large refus par la société de l’application aveugle et systématique d’une médecine de haute technicité et à une progression des soins palliatifs.

 

Une nouvelle déontologie refusant « l’obstination thérapeutique déraisonnable » semble prévaloir chez les médecins. Le code de déontologie médicale (art. 37) rappelle qu’ « en toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances de son malade, l’assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable ».

Par ailleurs, une enquête du journal La Croix révèle que les familles et proches du malade sont de plus en plus impliqués dans les décisions de fin de vie. Témoin de cette évolution : la création d’un groupe « famille-réa » qui rassemble une centaine de centres de réanimation fédérant des équipes ayant accepté de participer à des études sur la question des familles.

 

Par ailleurs, la réanimation et les soins intensifs concernent également la médecine néonatale. En France, la mortalité néonatale a chuté de 17 pour mille en 1975 à moins de 5 pour mille en 1997. Chaque année sur 750 000 naissances, environ 20 000 enfants, prématurés et nourrissons à terme, viennent au monde en situation de détresse vitale et doivent être hospitalisés dans des services de réanimation néonatale. Parmi ces derniers, environ 9 000 enfants naissent grands prématurés (avant 33 semaines de gestation), dont 6500 à 7000 vivants.

 

Les chances de survie ont considérablement augmenté et le nombre relatif de handicaps neurologiques et moteurs sévères parmi les enfants survivants a baissé. Le groupe d’étude en néonatalogie d’Ile de France vient de publier un texte de « recommandations pour les décisions en fin de vie en période natale ». Jean Claude Ropert observe que « ce qui singularise la position française, c’est l’affirmation d’une éthique de responsabilité, appuyée sur la notion selon laquelle le fœtus et le nouveau-né, quelque soit leur âge gestationnel ou leur poids de naissance, sont des êtres humains à part entière. L’intérêt prééminent de l’enfant est affirmé, face aux instances familiales, sociales, légale ».

 

Il explique que « le fait de ne pas impliquer les parents dans cette décision cruciale leur permet, quoi qu’il sera décidé, de tisser des liens affectifs avec cet enfant, de l’accueillir dans les meilleurs conditions ou d’en faire le deuil si les événements venaient à mal tourner ».

 

 

La Croix 17/05/01

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