A propos de la fin de vie

Publié le 3 Déc, 2008

La presse revient de nouveau largement sur la rapport Leonetti sur l’évaluation de la loi sur la fin de vie remis hier au gouvernement (cf. Synthèse de presse du 02/12/08).

La Croix insiste ainsi sur une des conclusions du rapport selon laquelle il faut mieux faire connaître la loi actuellement en vigueur et "mieux former les médecins à l’éthique et aux soins palliatifs". Pour Emmanuel Hirsch, c’est toute la société qu’il faut mobiliser sur ce sujet fondamental (cf. Synthèse de presse du 02/12/08). Il s’apprête ainsi à lancer, le 10 décembre prochain, date du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, un manifeste réclamant de ne plus réduire la question de la fin de vie à celle de l’euthanasie ainsi qu’un site Internet www.plusdignelavie.com

Un autre point du rapport suscite un débat nourri : l’instauration d’un congé d’accompagnement rémunéré. Le Premier ministre a déclaré "partager l’essentiel du diagnostic de la mission" et s’est prononcé pour la prise en charge financière partielle de ce congé et a souhaité que les ministres concernés fassent des propositions rapidement. Rappelons que le congé de solidarité familiale existe déjà mais le gouvernement n’ayant jamais publié le décret permettant sa mise en application, le proche du patient ne perçoit aujourd’hui aucune rémunération.

Membre de la mission Leonetti, le député Olivier Jardé (NC) a attiré l’attention sur "le problème très spécifique des grands prématurés" : "avons-nous le droit d’arrêter une vie qui n’a même pas commencé ? Je réponds oui, par sédation, sans pour autant faire exception d’euthanasie"…

Autre membre de la mission, Gaëtan Gorce (PS) veut aller plus loin et préconise la mise en place d’une "euthanasie d’exception", "étape de transition" pour préparer la société à la dépénalisation du "droit de mourir", tout en soutenant les propositions du rapport qui permettront "d’améliorer une loi méconnue et efficace pour la plupart des cas".

Président de l’Association pour le "droit" de mourir dans la "dignité" (ADMD), Jean-Luc Romero se dit "déçu du résultat" de la mission et veut s’employer à rapprocher les élus de tous bords favorables au "droit de mourir" et devrait ainsi organiser une rencontre sur le sujet autour des députés Laurent Fabius (PS), Henriette Martinez (UMP) et sénateurs Marie-Christine Blandin (Verts) et Alain Fouché (UMP) avec l’objectif de déposer une proposition de loi commune.

Le Monde publie un reportage sur une unité de soins palliatifs de l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. Le Dr Sylvain Pourchet explique l’utilité d’une telle unité : "le projet, en soins palliatifs, n’est pas de venir pour mourir. C’est de vivre ici, être soulagé de son symptôme, de sa douleur morale et psychique, et mener sa vie, encore, jusqu’à la mort". Pour lui, "quand elle s’exprime, la demande de mort des malades s’apparente "à un point d’interrogation". "Leur grande question, surtout quand ils sont très âgés, c’est : "Est-ce que ma vie vaut encore la peine d’être vécue ? Est-ce que j’ai encore une valeur en tant qu’individu ? Il est très facile, par notre regard, de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre"". Rares, les demandes d’euthanasie cachent en fait d’autres demandes, "de reconnaissance, de prise en considération", poursuit-il.

Enfin, Le Figaro publie une tribune du Pr Louis Puybasset, chef de l’unité de neuroréanimation chirurgicale de la Pitié-Salpêtrière. Pour lui, les lois sur l’euthanasie comme elles existent en Belgique et aux Pays-Bas par exemple, "ouvrent (…) un droit opposable à la mort, un droit-créance qui s’impose à la société et dont le corps médical devient l’effecteur" en "prétextant la détresse des malades". Ces législations sont "folles" aussi parce qu’elles "donnent à un médecin isolé la charge d’examiner, de décider et d’exécuter la décision", or "il faut être d’une naïveté déconcertante pour penser que l’abus de pouvoir n’existe pas en médecine et que l’autonomie du malade, souvent déjà bien compromise par la maladie, peut suffire à éliminer ce risque". Folles encore car ces législations "s’immiscent dans l’art médical et dévoient ainsi le sens même du soin en imposant par la loi des procédés d’un autre âge".
"Si certains politiques veulent ouvrir un droit à la mort, qu’ils l’assument pleinement, sans instrumentaliser la profession médicale", poursuit le Pr Puybasset. "L’euthanasie n’est pas un acte médical", martèle-t-il.
Il rappelle ensuite que "la loi est là pour protéger les personnes et régler la vie en société" et "ne peut pas faire office de thérapie individuelle".
Enfin, pour lui "en confirmant son choix [de ne pas légaliser l’euthanasie, NDLR], la France est fidèle à son héritage lié aux Lumières et aux droits de l’homme". "Le bilan de ces législations [celles de nos voisins, NDLR] montre que l’euthanasie n’est qu’un illusoire progrès de l’autonomie, au prix d’une régression médicale et d’une déstructuration du lien social."

La Croix (Marine Lamoureux, Marianne Gomez, Bernard Gorce) 03/12/08 – Yaoo.com 02/12/08 – Le Figaro.fr 02/12/08 – Le Monde (Cécile Prieur) 03/12/08 – L’Express.fr 02/12/08 – Le JDD.fr (Gaël Vaillant) 02/12/08

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