1ère cellule au génome synthétique :  »la vie n’a pas été créée »

Publié le : 26 mai 2010

Interrogé par Le Quotidien du médecin au sujet de la production par l’équipe de Craig Venter de la première cellule contrôlée par un génome synthétique, le Pr. Axel Kahn explique que les risques de détournement de cette technique sont peu élevés. Il affirme que cette découverte constitue une étape symboliquement importante car "c’est vraiment la première fois qu’après quelques divisions de la première cellule synthétique, on se retrouve avec un micro-organisme dont toutes les propriétés et toute la substance sont codées par un gène synthétique. On avait déjà fait des gènes synthétiques pour coder une substance particulière, mais, ici, on code une bactérie. Par conséquent, on peut considérer que cette bactérie elle-même est synthétique, même si ce n’est pas exactement vrai". Selon Axel Kahn, cette découverte ne pose pas de question particulière sur le plan éthique, mais demande plutôt de s’interroger sur le plan de la sécurité. Axel Kahn considère toutefois que la sécurité entourant cette technique est a priori suffisante car il est aisé de "faire en sorte que cette cellule soit prototrophe, c’est-à-dire qu’elle exige une substance particulière pour survivre, substance qui n’est qu’artificielle. En l’absence de ce nutriment totalement essentiel, dès que cette bactérie synthétique s’échappera dans la nature, elle périra".

Il évoque les apports prévisibles de cette découverte. Elle permettra a priori "de démultiplier ce que l’on fait couramment en biotechnologies des micro-organismes […] depuis 1972" date du commencement du génie génétique. On peut aussi imaginer qu’avec cette découverte, "on a beaucoup plus de latitude" pour "fabriquer des micro-organismes utilisés dans la fermentation, dans la fabrication d’antibiotiques, de médicaments extrêmement complexes, dans la détoxification de la pollution de métaux lourds".

Le Quotidien du médecin revient aussi brièvement sur la réaction, devant cette découverte, d’Arthur Caplan, directeur du centre de bioéthique de l’université de Pennsylvanie. Pour lui, "ce travail bouleverse certaines des idées sur ce que représente la vie". Confiant dans le potentiel industriel de la génomique synthétique, il regrette le manque de structures de surveillance. Il estime que "les précautions nécessaires pour éviter les fuites d’organismes artificiels dans l’environnement et les risques d’appropriation de la technologie par des individus mal intentionnés devraient être examinés et standardisés dans le cadre d’une organisation indépendante, au niveau national mais aussi sur le plan international".

L’Osservatore Romano a également réagi à cette première. Dans ses colonnes, le Dr. Carlo Bellieni explique qu’il s’agit d’un "travail d’ingénierie génétique de haut niveau" mais qu’ "en réalité, la vie n’a pas été créée, on en a substitué un des moteurs". "Au delà des proclamations et des titres des journaux, un résultat intéressant a été obtenu qui peut trouver des applications et doit avoir des règles, comme toutes les choses qui touchent au coeur de la vie". Si l’on peut attendre des actions sur le génome qu’elles permettent de soigner, elles touchent aussi "un terrain très fragile dans lequel l’environnement et la manipulation jouent un rôle qui ne doit pas être sous-évalué".

Sur le site Internet Vivagora, Philippe Marlière, directeur d’Isthmus, revient sur la réussite de l’équipe de Craig Venter. Ce que ce dernier a souligné "comme ayant constitué l’origine du génome de la version synthétique de Mycoplasma mycoides", c’est "la commande automatisé de l’enchaînement ordonné de caractères ACGT, accomplie suivant des instructions dictées par l’homme mais sans son intervention au cours de la synthèse, pour résulter en l’assemblage final d’un peu plus qu’un million de paires de bases". La découverte a une "signification prométhéenne manifeste" car chez tous les êtres vivants, c’est l’hérédité de messages génétiques préexistants qui "commande, au moins en partie, leur édification et leur prolifération, et conditionne leur évolution". Pour Philippe Marlière, les pouvoirs politiques vont désormais "devoir prendre conscience de l’extraordinaire capacité d’intervention que confère la synthèse chimique de matériel héréditaire, l’ADN, et de son potentiel pour façonner le monde".

Le Quotidien du médecin (Axel Kahn, propos recueillis par Stéphanie Hasendhal) 26/05/10 - Vivagora.org (Philippe Marlière) 24/05/10

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