Vitrification : un pas de plus dans la dissociation sexualité-procréation

Publié le 2 Mar, 2011

Le projet de loi sur la bioéthique adopté par les députés le 15 février 2011 contient deux décisions complémentaires qui "bouleversent de manière radicale et irréversible le paysage tricolore de l’assistance médicale à la procréation". L’autorisation du don de gamètes par des hommes et des femmes n’ayant pas encore eu d’enfants, associée à celle de la vitrification (congélation ultra-rapide) d’ovocytes, marquent en effet "une nouvelle étape de la dissociation sexualité-procréation".

La première mesure tend à pallier l’insuffisance des dons de gamètes, notamment d’ovocytes. Jusqu’ici en France, une femme ne peut faire un don d’ovocyte que si elle a déjà un enfant, est âgée de moins de 37 ans et est en bonne santé. Mais les femmes procréant de plus en plus tard, les dons restent peu nombreux et sont faits à un âge où la qualité des cellules reproductrices est moins bonne.

L’autorisation du don de gamètes par les femmes nullipares, associée à celle de la vitrification permettrait donc de créer de véritables banques de cellules sexuelles féminines "comme on sait le faire depuis près d’un demi-siècle pour les spermatozoïdes". Or, note Jean-Yves Nau, "au-delà de la possibilité accrue du don d’ovocytes ‘jeunes’ et donc ‘de qualité’, la création de telles banques offrirait aux femmes une nouvelle maîtrise de leur fonction de reproduction : stocker pour l’avenir une fraction de leur capital ovocytaire et, le moment venu, y avoir recours". Il cite ainsi les propos, rapportés dans Le Monde le 9 février 2011, de Muriel Flis-Treves, Nelly Achour-Frydman et René Frydman : "Des femmes jeunes pourraient, si elles le souhaitent, conserver une partie de leurs ovocytes pour elles-mêmes, mais aussi faire un don d’une partie ou de la totalité de ceux-ci. L’efficacité du don en serait augmentée, sa réalisation facilitée par le découplage de l’offre et de la demande. La création d’une banque publique d’ovocytes cryopréservés (qui n’existe pas ailleurs) permettrait de répondre au désir de grossesse de plus en plus fréquent chez les femmes ‘d’un certain âge’ qui perdent progressivement leur potentiel physiologique, et qui souhaitent cette alternative".

Le projet de loi autorise ainsi les femmes nullipares faisant un don de stocker pour elles-mêmes une partie des ovocytes prélevés. Rien n’interdit de penser que cette possibilité sera un jour ouverte aux hommes. Après "un enfant quand je veux", puis "un enfant comme je veux", s’ouvre peut-être l’ère de "l’enfant conçu avec les cellules sexuelles déposées dans les congélateurs bancaires au temps où nous étions jeunes, beaux et – déjà – féconds."

Slate.fr (Jean-Yves Nau) 01/03/11

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