[Tribune] Israël Nisand : La boite de Pandore est déjà ouverte

Publié le : 29 janvier 2015

A l’approche de la tenue, le 2 février prochain, du Forum européen de bioéthique à Strasbourg, le professeur Israël Nisand[1], président et fondateur de ce Forum, publie une tribune sur le changement de perspective opéré par la médecine prédictive.

 

La médecine prédictive rêve, grâce à la génétique et aux lois des probabilités, d’annoncer les mutations génétiques qui affecteront un individu et de prédire les risques de développer telle ou telle maladie. Ce rêve semble séduire. En témoigne la société Myriad qui a lancé dès le début des années 90 des tests de prédispositions au cancer du sein et de l’ovaire, « popularisés » par l’actrice Angelina Jolie. En 2013, Myriad a vendu pour 613 millions de dollars de tests génétiques.

 

Les prédispositions pourront être connues dès le sein maternel. En effet, « le génome des embryons sera lisible sous peu dès le 1er trimestre de la grossesse » au moyen d’une simple prise de sang. Dès lors que cela sera possible, comment ne pas y avoir recours ? « Le droit des parents à ne pas savoir existe bien sûr. Mais qui le demandera quand ce type de ‘check up prénatal’ aux conséquences redoutables sera disponible et chaudement recommandé par l’industrie… pour avoir un enfant en bonne santé ? »

 

Au nom du droit de savoir. « Le marché des tests ‘grand public’ va exploser dans les deux prochaines années au prétexte que les gens ont le droit de savoir ce que recèlent leurs gènes. » Pour Israël Nisand, le développement exponentiel de la médecine prédictive pose problème car ces prédictions restent incertaines : les facteurs de risques sont multiples et intègrent des données difficilement mesurables par la science, comme le facteur « environnement ». En conséquence, « la réponse de l’analyse génétique sera donc probabiliste », et seulement probabiliste.

 

Le professeur Nisand conclue ainsi : « Quand nous pourrons connaître, grâce à la médecine prédictive, tous les défauts potentiels de nos corps fragiles, croquant le fruit de l’arbre de la connaissance, nous aurons fait un pas de plus hors du paradis. » 

 

[1] Israël Nisand est professeur de gynécologie obstétrique à l’université de Strasbourg et chef du pôle de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg. Il est spécialiste du diagnostic préimplantatoire (DPI). Il est également fondateur et vice président du Forum Européen de Bioéthique.

 

<p>Rue89 Strasbourg (Israël Nisand) 19/01/2015</p>

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