Transhumanisme : que voulons-nous vraiment faire de la médecine ?

Publié le : 19 mai 2011

Venu des États-Unis, le transhumanisme est un mouvement prônant l’utilisation des innovations techno-scientifiques afin d’accroître les capacités physiques et intellectuelles de l’homme. Les tenants de ce courant de pensée appellent de leurs voeux une reconfiguration de l’humain grâce à la convergence de plusieurs technologies (convergence NBIC) que sont les nanotechnologies, les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives (Cf. Synthèse de presse du 03/03/11). L’informaticien américain Ray Kurzweil et l’ingénieur Eric Drexler, spécialiste des nanotechnologies, font, entre autres, partie des théoriciens et promoteurs de ce mouvement.

Parmi les options envisagées par les transhumanistes pour améliorer l’humain se trouvent le fantasme d’une médecine offrant les moyens de nous « autoréparer » pour éliminer totalement la maladie, mais aussi celui d’une « autoproduction » par laquelle les êtres humains seraient « délivrés » de la nécessité de la naissance par l’utérus artificiel ou le clonage. Si l’ectogenèse (reproduction humaine en dehors du corps de la femme) n’est aujourd’hui pas possible techniquement, certains, comme le philosophe Henri Atlan, pensent que l’utérus artificiel sera mis au point d’ici la moitié du XXIe siècle.

Atteindre une forme d’immortalité via le téléchargement de notre conscience sur un support numérique est l’ultime fantasme des transhumanistes. Selon Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à la Sorbonne et auteur du livre « Demain, les posthumains« , l’idéal transhumaniste « d’un esprit autonome, dégagé des contraintes imposées par le corps, culmine dans le désir de débarrasser l’humain du poids de la naissance, de la maladie et de la mort« . En cela, le transhumanisme apparaît avant tout comme le symptôme d’une désaffection pour l’humanité.  « Pour eux, après Auschwitz, l’homme n’est plus désirable. Ce n’est pas seulement le progrès, mais l’espèce humaine elle-même qui est périmée. Il faut donc éradiquer ce qui la caractérise : la fragilité, la finitude, le désir lui-même« , explique Jean-Michel Besnier.

Si les thèses des transhumanistes semblent appartenir à la science-fiction, elles s’appuient toutefois sur des aspirations et des tendances implicitement présentes dans l’ensemble de la société. Les partisans de ce courant estiment que lorsque les possibilités techniques d’un dépassement de l’humain seront rassemblées, les gens y adhéreront naturellement, voulant échapper à la maladie et la mort… A ce titre, ils invitent à s’interroger sur ce que nous voulons vraiment faire de la médecine, des sciences et techniques.

Une Association française transhumaniste a été créée récemment en France. En début d’année, elle a tenu une première conférence dans les locaux de la Sorbonne, à Paris, pour faire connaître ses thèses au public français.

<p>Les Échos.fr (Catherine Ducruet) 19/05/11</p>

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