« Son nom est personne » – C. Sureau Avant de naître l’enfant est-il une chose, un amas de cellules ou un patient ?

Publié le : 1 janvier 2006

Le Pr. Sureau, ancien président de l’Académie nationale de médecine et membre du Comité consultatif national d’éthique, a publié un livre sur le statut de l’embryon intitulé Son nom est personne. Le faible écho que cet ouvrage a suscité dans les médias ne doit pas faire oublier le piège de ses propositions.

 

Respecter l’embryon ?

 

Sur l’affaire des fœtus morts découverts à l’hôpital Saint Vincent de Paul, Claude Sureau se déclare surtout choqué par la désinvolture qui touche les fœtus et les embryons vivants.

De même, il comprend les parents confrontés à l’homicide involontaire du fœtus sans possibilité d’en poursuivre pénalement l’auteur depuis le revirement de jurisprudence de la Cour de cassation.

Il s’indigne ensuite d’une décision de justice qui, après une panne d’électricité responsable de la perte de plus de 500 embryons congelés, ne reconnut ni la mort de personnes humaines, ni la destruction d’objets appartenant aux parents.

Il regrette enfin l’interdiction du transfert posthume d’embryons, obtenus par fécondation in vitro du vivant du couple, à la veuve qui le demande,  etc. Et, de proche en proche, par petites touches, le lecteur se sent presque gagné par la force des arguments de M. Sureau…

 

Variations énigmatiques

 

Or tout s’effondre un peu plus loin quand le Pr. Sureau approuve le clonage thérapeutique en faisant semblant de croire que les embryons ainsi obtenus ont moins de valeur que ceux conçus avec ovule et spermatozoïde. Et comme la loi française  autorise la recherche sur les embryons surnuméraires qui « sont indiscutablement des embryons humains », à plus forte raison doit-elle autoriser le clonage, démontre-t-il. Par comparaison, le clonage passe pour une transgression moins violente que le sacrifice des embryons surnuméraires. Rappelons que le Pr. Sureau milita pour obtenir la recherche sur les embryons congelés lors de l’examen de la loi de bioéthique de 2004. Une fois cette victoire acquise (par le vote de la loi), l’embryon redeviendrait pour lui un être humain respectable ? Cela permet surtout de justifier la fabrication de clones humains rebaptisés artéfacts cellulaires.

 

Autre souhait de M. Sureau : autoriser une recherche susceptible de porter atteinte à l’embryon pour ensuite le transférer dans l’utérus afin d’y étudier son développement. Cette proposition n’a qu’un seul but : améliorer les résultats de la fécondation in vitro et non pas soigner les embryons malades. Or la véritable médecine prénatale n’a que faire de ces préoccupations statistiques. Quant à dire qu’il faut prendre le risque de faire mourir le patient pour mieux le guérir, à part les médecins de Molière, on ne voit pas très bien qui cela peut convaincre de nos jours.

 

Un statut animal pour l’embryon

 

Ainsi en arrive-t-on à la révélation stupéfiante du livre. L’auteur, dans un chapitre de conclusion intitulé « Le paradoxe du petit chien« , ne propose rien de moins que de donner à l’embryon humain le statut de l’animal. Depuis le droit romain, on pensait que l’homme était un petit de l’homme. Sur la base de ce constat -sûrement hâtif – une summa divisio distinguait deux catégories d’êtres : les personnes que l’on doit respecter, et les choses dont on peut disposer. Mais depuis le Pr Sureau il n’y a plus les personnes et les choses. Il y aurait les personnes, les choses et… les ratons laveurs dont nous ferions tous partie dans notre extrême jeunesse.

 

Un statut infra humain

 

L’allégeance qu’il se croit obligé de renouveler à la loi Veil, « loi bénéfique pour la santé publique », ne laisse pas beaucoup de doute sur la sincérité de ses ardeurs à vouloir donner un statut protecteur à l’être prénatal.

 

Il faut que tous ceux qui seraient prêts -par générosité et avec les meilleures intentions du monde- à donner un statut à l’embryon, comprennent l’enjeu. Par définition, toute proposition de donner un statut à l’embryon ne peut conduire qu’à lui donner un statut infra humain. La proposition de M. Sureau est doublement suspecte. D’abord parce qu’à l’évidence le statut d’animal protégera encore moins l’embryon que le statut d’être humain dont il continue à être doté depuis le droit romain, même si les juges ne l’appliquent plus toujours. Ensuite parce que la loi aujourd’hui ne permet pas absolument n’importe quoi. Elle reste, malgré tout, encore protectrice. Or, une loi qui « animaliserait » l’embryon permettrait de justifier une complète disponibilité de l’embryon, voire l’autorisation de créer des embryons par clonage. C’est cette loi que suggère Claude Sureau.  

 

C. Sureau, Son nom est personne – Avant de naître l’enfant est-il une chose, un amas de cellules ou un patient ? – Ed. Albin Michel, 2005.

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