Rapport Fagniez : avis controversés

Publié le 27 Juil, 2006

Le député (UMP) Pierre-Louis Fagniez vient de remettre au premier ministre son rapport intitulé "Cellules souches et choix éthique", en perspective de la prochaine révision de la loi bioéthique, en 2009. Ce rapport énonce 10 propositions dont les 2 principales sont : autoriser, par principe et non plus par dérogation, la recherche sur les cellules souches embryonnaires et permettre le clonage thérapeutique. Une autre des 10 propositions est à remarquer : le rapporteur suggère de modifier la terminologie. Il propose notamment d’utiliser le terme de "transfert nucléaire" plutôt que celui de "clonage".

Pierre-Louis Fagniez reconnaît que : "le développement de traitements à court terme n’est pas sérieusement envisageable dans l’état actuel des connaissances". "Plus question donc de justifier le recours aux cellules souches embryonnaires par des promesses de guérison lointaines et non avérées" note La Croix dans le dossier qu’il a consacré à ce sujet. Mais, pour le député, la recherche sur les cellules souches embryonnaires est indispensable pour la recherche fondamentale et parce qu’elle constitue "un enjeu industriel important". Il précise que les cellules souches embryonnaires sont plus facilement disponibles que les cellules  adultes, en raison "des milliers d’embryons surnuméraires disponibles".

Favorable au clonage thérapeutique, le rapport indique que cette technique permettrait d’obtenir des cellules souches en quantité, de contourner la barrière immunologique et d’accéder à des cellules souches pathologiques. Le rapporteur définit l’embryon comme "le potentiel réel de donner naissance à un individu". Par conséquent, à partir de maintenant, il considère qu’on ne devrait parler d’embryon que lorsque l’embryon est implanté dans l’utérus d’une femme. Interrogé en tant que catholique sur l’enseignement de l’Église selon lequel l’embryon ne doit pas être considéré comme un matériau, mais respecté dès sa conception, il répond : "Certes le "produit" du clonage possède une humanité. Mais on peut garantir qu’il n’aboutira jamais à un petit d’homme. Dès lors, il ne me fait pas obligation de le respecter comme un embryon qui a vocation à venir au monde et, dans cette perspective, le clonage dit "thérapeutique" n’est pas une atteinte à l’humanité". Il ajoute que si c’est une transgression à ses yeux, elle est "moindre que l’interruption volontaire de grossesse, qui supprime un embryon dont la vie est déjà initiée". Pour lui, l’embryon in vitro n’est qu’un "assemblage de 125 à 250 cellules".

Mais à Londres, où le clonage d’embryons humains est autorisé depuis 2001, la recherche sur le clonage thérapeutique semble "au point mort" et "les résultats de la recherche sur les embryons se font attendre" note La Croix. Trente-trois programmes portant sur la fertilité, l’insémination artificielle, la détection de maladies génétiques sur des embryons et l’étude du développement des embryons, ont obtenu leur licence, délivrée par l’agence Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA). Joséphine Quintavalle, directrice de l’association Core (Comments on Reproductive Ethics) s’interroge : "la HFEA n’a pas publié de bilan. Est-ce que l’argent injecté dans ce secteur est vraiment utile ?".

Jacques Testart, directeur de recherche à l’Inserm, président de la Fondation science citoyenne, regrette que certains chercheurs ne soient plus des "scientifiques". En tant que "défenseur de l’espèce humaine", il prend la parole : "Si aujourd’hui, on fait n’importe quoi avec l’embryon, c’est qu’on fait n’importe quoi avec l’humanité". "Je ne vois pas en quoi une recherche fondamentale sur l’embryon humain permettrait d’apprendre davantage que la même recherche menée sur la souris. D’un point de vue scientifique, il est scandaleux de vouloir mener une recherche sur l’homme avant de passer par le modèle animal. Les chercheur espèrent peut-être avoir davantage de moyens en faisant cela. Mais ce n’est pas une attitude scientifique".

Le Père Michel Aupetit, médecin et prêtre, considère ce rapport comme "idéologique". Relevant la proposition du rapport de substituer au terme "clonage thérapeutique" l’expression "transfert nucléaire", il note qu’il s’agit toujours bien de clonage et donc que ce rapport "joue sur les mots". Enfin, il regrette que le rapport parle peu de recherche sur les cellules souches adultes ou les cellules du cordon ombilical qui, elles, ne posent pas de problème éthique. Il craint que les intérêts financiers ne priment sur la personne humaine.

Auditionné le 27 avril, Mgr André Vingt-Trois qualifie le clonage thérapeutique de "voie périlleuse pour l’humanité". Au cours de son audition, il a répété que l’Église considère tout manquement à la dignité d’un être humain comme un manquement à la dignité de tous. Il a rappelé que : "définir un seuil d’entrée dans l’humanité est illusoire. Parler de "pré-embryon" n’est pas ajouter une précision scientifique mais créer des mots pour se dédouaner d’utiliser un futur homme pour des fins qui ne lui seront pas bénéfiques". Évoquant les recherches sur les cellules souches adultes qui ne soulèvent pas de questions éthiques et donnent des résultats encourageants, il s’interroge : "la France n’aurait-elle pas tout intérêt à promouvoir des programmes de recherche de haut niveau, visant à l’excellence, dans ce domaine ?". Il clôt son intervention en soulignant que : "c’est la fonction du politique que d’indiquer aux scientifiques le cadre humain dans lequel leurs recherches peuvent se développer".

La Croix (Marianne Gomez, Eric Albert, Claire Lesegretain) 27/07/06

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