Prématurés : les laisser vivre ?

Publié le 14 Juin, 2005

Aujourd’hui il est possible de faire vivre des nouveaux-nés qui seraient morts, il y a quelques années, du fait de leur prématurité. Mais cela soulève de nombreux problèmes éthiques, encore ignorés par la loi française. En effet, si la nature a prévu 9 mois, c’est bien qu’il faut ce temps pour faire un bébé sain, et la prématurité implique que quelque chose n’est pas bien terminé dans le processus de l’évolution du foetus. Pour évaluer si ce manque est important ou non, un temps d’attente de plusieurs semaines est nécessaire, après la naissance. La décision peut alors être prise d’arrêter les soins, voire même de tuer l’enfant.

Sur quels critères prend-on ces décisions ? Et qui les prend ? Selon Pierre Lequien, professeur de pédiatrie au CHU de Lille, ce sont les médecins qui décident, en informant les parents, mais sans leur faire porter le poids de la décision. Les décisions sont plus prises sur des critères sociologiques que physiques : un enfant qui aura des difficultés respiratoires aura plus de chance d’être laissé en vie, qu’un enfant en bonne santé physique, mais pouvant présenter des séquelles neuro-intellectuelles et donc des difficultés scolaires. C’est le problème de la place des personnes handicapées dans notre société qui est posé.

En France, on réanime et on prend en charge systématiquement  l’enfant né après 22 semaines d’aménorrhée et on déploie pour lui des trésors de soins exceptionnels pour tenter de  terminer son développement naturel, comme s’il était encore dans le ventre maternel. Mais souvent cela ne suffit pas, certains meurent naturellement et d’autres auront des séquelles que l’on ne peut évaluer rapidement, mais qui peuvent être sévères. Chaque service de réanimation a alors ses propres critères pour "l’abandon thérapeutique", c’est-à-dire l’arrêt des soins, qui peut conduire à la mort, ou l’acte volontaire d’euthanasie.

Rappelons que le taux de prématuré a tendance à augmenter : de 5,9% des naissances en 1995, on est passé à 7,2% en 2003. Cela est dû à plusieurs causes : les maternités de plus en plus tardives, la Fécondation in vitro qui par ses traitements et par l’implantation de plusieurs embryons favorise la prématurité, et l’augmentation des naissances provoquées prématurément en cas de danger pour la mère.

La Croix (Christine Legrand) 14/06/05

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