Pour sauver la planète : diminuer la natalité ?

Publié le : 1 novembre 2009

L’antinatalisme pour raisons écologiques ? Si l’idée n’est pas originale, elle revient en force aujourd’hui, au point d’inspirer des rapports d’organisations internationales importantes. Ainsi le rapport 2009 du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa)1, publié le 18 novembre 2009, insiste sur l’urgence d’aider les femmes à avoir moins d’enfants. La natalité galopante des pays en développement y est en effet décrite comme l’un des principaux moteurs du réchauffement de la planète.

 

Prime à la contraception

 
Selon certains démographes, la population mondiale devrait passer de 6,8 milliards de personnes à 9 milliards en 2050, avant de se stabiliser, les pays en voie de développement représentant 90% de cette évolution. Ce scénario, médian, est accompagné par une hypothèse basse à 7,9 milliards de personnes. Brian O’Neill, climatologue américain du National Center for Atmospheric Research estime que tabler sur cette dernière hypothèse permettrait d’éviter l’émission de 2 milliards de tonnes de CO2. L’Optimum Population Trust, un groupe de réflexion anglo-saxon qui prétend calculer la population « optimale » de la planète, pense que pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il serait 4 à 5 fois plus efficace d’investir dans le planning familial plutôt que dans les technologies peu émettrices en CO2. Certains préconisent donc l’allocation de primes à la contraception pour les femmes qui s’engageraient à ne pas avoir d’enfants, alors que d’autres prennent l’engagement idéologique de ne pas procréer, voire même se font stériliser. « Il faut intervenir là où il reste des réservoirs de croissance démographique. Et ceux-ci se trouvent surtout en Afrique et en Asie »2, affirme le démographe Henri Leridon, directeur de recherche émérite à l’Ined et premier titulaire de la chaire de développement durable au Collège de France. Pour le Canadien Yves Bergevin, coordonnateur pour la santé maternelle à l’Unfpa, « il ne s’agit pas de réglementer le nombre de naissances mais d’offrir un libre choix.[…] Dans tous les pays où l’on développe l’égalité des sexes, l’éducation des filles et le planning familial, la natalité baisse durablement de six ou sept enfants par femme à seulement deux ou trois, sans coercition et sans exception. » Pourtant, certains n’hésitent pas à utiliser la persuasion pour faire baisser la natalité dans les familles. Un dossier du mensuel Terraeco cite le cas de l’Inde où la régulation des naissances et la contraception sont très mal perçues par la population. Ce qui fait dire à un responsable du planning familial de l’Etat du Maharashtra : « Il faut des années de dialogue constant avec une famille pour espérer la convaincre qu’elle a intérêt à recourir à la contraception »3.
 
Réduire l’empreinte écologique
 
Cela signifie-t-il que les pays riches ne sont pas concernés par la nécessité de cet « effort » démographique ? Non, car si les pays en voie de développement ont un taux de natalité particulièrement élevé, la logique de consommation des pays riches fait croître de manière exponentielle l’empreinte écologique. Pour calculer celle-ci, on prend la quantité de population sur un territoire donné et on multiplie par la consommation moyenne par individu. Selon Yves Cochet, député Vert français, la naissance d’un petit Européen équivaut en terme d’impact à celle de dix petits Congolais. James Lovelock, père de l’écologie et directeur de l’Optimum Population Trust, estime que l’empreinte écologique est actuellement 30% trop élevée par rapport aux capacités de la planète et que la population optimale se situerait aux alentours de 3,6 milliards d’habitants…un chiffre largement dépassé qui devrait, selon Yves Cochet, faire abandonner aux pays occidentaux leurs politiques natalistes.
 
Ces théories sont héritières de la pensée de John Malthus qui défendait une politique de sévère contrôle des naissances afin de répondre aux limites des ressources de la Terre. « Je pense que Malthus avait raison, soutient aujourd’hui Lovelock. A l’époque où il écrivait, en 1800, il n’y avait qu’un milliard d’habitants sur Terre. Si on avait suivi ses conseils, on n’aurait pas tous les problèmes auxquels nous devons maintenant faire face ».
 
Perspectives éthiques
 
Henri Leridon évoque les risques à appliquer de telles politiques en Occident :  » Si nous agissions fortement sur la variable démographique comme vous le prônez, nous subirions des coups de frein successifs et nous obtiendrions un vieillissement de la population avec des charges qui se poseraient de façon encore plus aiguë qu’aujourd’hui ». Il remarque : « On ne peut pas considérer que tout nouveau-né dans un pays riche est seulement un futur pollueur. Avec ce constat-là, les adultes aussi. Et si l’on vous suit, il faut liquider toute la population des pays les plus riches ». Le modèle chinois, souvent présenté comme un modèle dans le contrôle des natalités, a été réalisé à coups de stérilisations forcées. Il conduit par ailleurs à l’avortement systématique des filles, ce qui occasionne une pénurie de garçons et vient de conduire Shanghai à assouplir sa réglementation. 
 
Ces préconisations écologiques ne sont donc pas sans poser de graves problèmes éthiques car il en va de toute une conception de la dignité de la personne humaine. Peut-on en effet mesurer la valeur d’une vie humaine à son impact sur l’empreinte écologique ? Le souffle de la vie doit-il être sacrifié à l’effet de serre ? Est-ce finalement l’homme qui est fait pour la planète, ou la planète pour l’homme ?
 
1- Le Monde (Grégoire Allix) 19/11/09 
2– « Surpopulation. Faut-il arrêter de faire des enfants ? », Terraeco, octobre 2009, n°7 
3– idem

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