Peut-on breveter le génome humain ?

Publié le : 2 avril 2000

Une constellation de gènes

 

 » Au commencement, il y a un message. Ce message est dans la Vie. Ce message est la Vie « . C’est par ces mots que le professeur Jérôme Lejeune résumait la génétique moderne. Ce message est une constellation parfaite de 100 000 gènes, ou mots d’ADN, apparemment perdus dans le génome humain, un océan de trois milliards de lettres dont la plupart, placées sans ordre, ne nous sont pas intelligibles. Les gènes dictent la structure des protéines, les briques des cellules et du corps, tandis que le livre du génome humain, par sa diversité, et son ordre parfait, orchestre et gouverne le corps. En son sein, selon les différents états du corps et des cellules, le ballet des gènes supporte la vie. 

 

Déclaration du 14 mars

En des termes forts, le président américain Bill Clinton et le premier ministre britannique Tony Blair ont conjointement déclaré le 14 mars dernier que « le décodage de tout le génome humain, et de ses variations, le livre dans lequel toute la vie humaine est écrite, appartient à chaque membre de la race humaine. » Ces mots font écho à la formidable aventure scientifique et humaine qui, au prix d’un effort concerté et mondial, a pour objet de décoder et rendre publique et accessible à tous, l’ensemble de la suite des lettres de tout le génome humain. 

 

Parce que cette connaissance brute est susceptible de mener aux causes de nombreuses maladies et à leur traitement, des entrepreneurs privés ont engagé des sommes et des efforts considérables aux fins de développer ce même savoir, mais pour des motifs commerciaux. Protégées par des brevets, les lettres du livre ne seraient plus librement accessibles aux chercheurs du monde. 

 

La protection intellectuelle a joué, et doit jouer un rôle majeur dans le financement, et donc la vitesse à laquelle les inventions à partir des gènes permettent de nouveaux traitements. La compréhension du génome est le fruit de l’intelligence du chercheur, et doit financer sa recherche. Et c’est bien ainsi. Par contre il est absurde de breveter à des fins lucratives une connaissance brute de séquences de lettres dont on ne connait pas le sens, et encore moins la fonction, le rôle. La protection d’une séquence inintelligible empêchera la science de découvrir son sens. Le génome ne se protège pas, il est le patrimoine de tous. Parions que ce débat sera forclos sous peu, car les deux projets concurrents dans cette course sont au coude à coude. Il est encore loin le jour où l’ordre du livre sera compris 

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