L’impossible compromis de l’exception d’euthanasie

Publié le 18 Avr, 2008

Responsable de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, Pierre-Olivier Arduin revient sur la récente déclaration du député Jean Leonetti, chargé d’évaluer l’actuelle loi sur la fin de vie, selon laquelle il veut travailler sur l’exception d’euthanasie. Il souhaite ainsi "affiner la loi" et proposer "les évolutions législatives nécessaires".

Pierre-Olivier Arduin s’attend donc à ce que l’exception d’euthanasie soit "mise en avant comme un compromis raisonnable entre les partisans du "droit de mourir dans la dignité" et ceux qui s’opposent résolument à la mort médicalement provoquée". Cette sorte de troisième voie originale, nous fera-t-on croire, permettra d’éviter le pire et ce sans nier la souffrance de certains.

Pourtant, cette troisième voie n’a plus rien d’originale "tant elle n’en finit pas de revenir à l’occasion des débats récurrents sur la fin de vie dès qu’un nouveau drame humain capte l’émotion collective" et parce qu’elle était déjà, en 2000, le concept-clé de l’avis n°63 du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui recommandait des "ouvertures exceptionnelles" à la valeur fondatrice de l’interdit du meurtre qu’il fallait en même temps préserver.

Rappelons que c’est cette même ligne directive qui avait été écartée en 2005 à cause de sa fragilité. L’expérience des Pays-Bas le prouve : bien que l’euthanasie y soit appréhendée comme une dépénalisation exceptionnelle, une récente étude montre une proportion impressionnante d’euthanasies pratiquées en dehors des critères posés par la loi. Cet exemple concret prouve bien qu’"il y a toujours de nouveaux cas à cacher car ne rentrant pas dans le cadre de la procédure exceptionnelle et de ses exigences de minutie sensée limiter le champ d’application de l’euthanasie". "Le législateur est alors contraint de faire à nouveau des concessions en modifiant le cadre législatif initial pour enrayer le processus de clandestinité des actes posés", prévient Pierre-Olivier Arduin. Ainsi, aux Pays-Bas, l’euthanasie a-t-elle été étendue aux enfants ; en Belgique la mort médicale peut être accordée à des personnes qui ne sont pas en fin de vie…

Au vu de ces glissements, Pierre-Olivier Arduin affirme que "l’exception d’euthanasie n’est en fin de compte que la condition nécessaire et suffisante pour mettre en place progressivement une société de l’euthanasie où les choix technocratiques remplacent les chois éthiques et où la raison instrumentale neutralise la réflexion". Délivrer une dérogation à l’interdit d’homicide, si exceptionnelle soit-elle, génère des phénomènes de glissements comme l’illustre la situation de nos pays voisins. "On ne ferme pas une porte en ouvrant une fenêtre", confirme le philosophe Jacques Ricot…

Par ailleurs, le garde des Sceaux, Rachida Dati, en visite au service de soins palliatifs du CHU de Besançon, a annoncé hier la "signature d’une convention entre la Cour d’appel de Besançon et le CHU" pour "mieux faire connaître" la loi Leonetti.

Liberté politique.com (Pierre-Olivier Arduin) 17/04/08 – Le Figaro.fr 17/04/08

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