« Le bouleversement anthropologique » du dépistage prénatal

Publié le : 28 mars 2012

Dans une interview accordée au quotidien La Croix du 28 mars 2012, Danielle Moyse, Professeur de philosophie, donne son avis sur le diagnostic prénatal.
Tout d’abord interrogée sur les implications que peut avoir le diagnostic prénatal à l’égard des parents, la philosophe répond que c’est "un bouleversement dont on n’a pas mesuré l’importance". Le diagnostic met "les parents dans la situation potentielle d’avoir à faire des choix de vie ou de mort" dans le cas où "l’enfant à naître est porteur d’une anomalie". Or, lorsque les parents effectuent de tels examens, ils "n’appréhendent pas bien qu’ils peuvent conduire à de tels choix". Antérieurement, on prenait les enfants tels qu’il étaient à la naissance, aujourd’hui "nous pensons […] que s’ils correspondent à nos désirs, ils seront mieux aimés".
Interviewée ensuite sur les conséquence du diagnostic prénatal sur les enfant eux-mêmes, Danielle Moyse répond que "c’est un inédit que des techniques permettent d’empêcher la naissance" de certains être humains "parce qu’ils sont porteurs de telle ou telle particularité". En évoquant que la "sélection prénatale" ne concerne pas uniquement les foetus atteints d’une anomalie – "l’élimination de fœtus de sexe féminin" en Asie, ou encore, comme l’a dénoncé le Conseil de l’Europe, les pratiques en Albanie ou en Arménie – la philosophe mentionne que "nous considérons que notre médecine techniquement très développée […] se déploie sur fond d’archaïsme ancestraux comme la misogynie ou la phobie à l’égard de l" ‘anormalité‘ ". Dans le cadre d’une enquête auprès de personnes handicapée que la philosophe avait réalisé, il est ressorti que "certaines personnes nées handicapées avaient le sentiment d’être ‘des erreurs médicale’, niées dans leur droit même à l’existence".
"Mais la violence potentielle du dépistage prénatal devient surtout manifeste lorsqu’un défaut de diagnostic aboutit à ce que les parents […] engagent un procès pour obtenir indemnisation" lorsqu’ils ne peuvent plus avoir "accès à l’interruption médicale de grossesse".
Enfin, interrogée sur la position du personnel médical à l’égard de ces pratiques, Danielle Moyse mentionne que "l’objectif initial [de ce personnel] est de protéger et soigner les enfants", mais que tous ne sont pas "d’accord sur les finalités du dépistage" et que "les finalités thérapeutiques ne sont désormais pas très facilement distinguables des finalités sélectives". Pour la philosophe, la solution n’est pas de "remettre en question les dépistages, ni l’échographie" qui sont des "instruments extraordinaires de suivi de grossesse"; il faudrait "mieux accompagner ce savoir prénatal" et préparer le corps médical à l’annonce d’une mauvaise nouvelle, sachant qu’il ne "connaît généralement pas la vie avec un enfant handicapé".
 

La Croix (Guillemette de La Borie) 28/03/12

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