L’affrontement des féminismes

Publié le : 17 février 2010

Revenant sur les thèmes de la maternité et de l’identité féminine, Elisabeth Badinter a publié un livre intitulé "Le conflit, la femme et la mère" pour dénoncer "la prédominance d’un discours naturaliste qui remet au premier plan l’instinct maternel" et qui menacerait l’émancipation des femmes : l’ouvrage suscite une polémique et de nombreuses réactions de la part de femmes qui considèrent qu’Elisabeth Badinter se trompe de combat. Cette dernière s’inquiète "des nouvelles contraintes qui pèsent sur les femmes d’aujourd’hui" comme l’allaitement ou l’arrêt du travail pour élever les jeunes enfants et s’oppose à la "mode écologique" qui ferait de la nature un "argument décisif pour imposer des lois ou dispenser des conseils".

Pour Edwige Antier, pédiatre et députée UMP, auteur du "Courage des femmes", Elisabeth Badinter "est une archéo-féministe qui connaît mal les aspirations des jeunes mères d’aujourd’hui", et elle est "dans un déni de la maternité". Il est évident, dit-elle, "que les femmes veulent à la fois s’épanouir dans leur vie professionnelle, à l’égal des hommes, et dans la maternité", et elle rappelle l’influence de Françoise Dolto qui "a fait comprendre aux Français que le bébé est une personne et que l’éducation d’un enfant est une grande source d’épanouissement pour un adulte".

Avec son livre "La Tentation de Pénélope", Belinda Cannone déplore, comme Elisabeth Badinter "l’actuelle valorisation maternelle – ‘notre vieux piège’ ", mais réfutant Judith Butler et Marcela Iacub, elle renvoie dos à dos les théories du genre et le féminisme différentialiste, au profit d’un compromis : "n’en déplaise aux gender studies, il existe bien une une irréductible différence anatomique des sexes, et n’en déplaise aux différentialistes, ces faits sont d’un poids très relatif en dehors d’un système de représentations qui les accueille et leur donne sens". Elle plaide "pour l’universalisme, ‘qui suspend toute différence entre les êtres pour en faire des citoyens et des personnes, égaux et libres en droits’ ".

Sur la page "Rebonds" du quotidien Libération, quatre femmes, Marie-Florence Astoin, Stéphanie Boudaille-Lorin, Zorica Charlot, et Dali Milovanovic, respectivement ingénieure, journaliste, assistante de direction et éditrice, expliquent que "le féminisme de Badinter n’est pas le nôtre" et dénoncent "trente années d’immobilisme du féminisme français". Contre le féminisme égalitariste français qui ignore "l’aspect biologique de la différence des sexes", elles considèrent que "la situation des femmes est meilleure dans les pays inspirés par un féminisme différentialiste", qui sont les plus "en pointe en termes d’égalité, de partage des tâches et des congés parentaux longs (paternels ou maternels), de représentation dans les instances politiques et économiques". Elles estiment qu’il est stérile de "gommer l’impact que les enfants ont sur nos vies, qu’on soit une femme ou un homme" et affirment que "l’accusation de retour en arrière ignore la modernité et la créativité de l’écoféminisme".

Le journal Le Monde fait quant à lui état de la réaction de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’état à l’économie numérique, de Clémentine Autain, fondatrice de Mix-cité, et de la sociologue Dominique Méda à la suite du livre d’Elisabeth Badinter.

Libération (Claire Devarrieux) 18/02/10 - Le Monde 18/02/10 - Le JDD.fr (propos recueillis par Marie-Christine Tabet, et Anne-Laure Barret) 08/02/10 - Le Quotidien du médecin (Dr Caroline Martineau) 08/02/10 - La Vie (Dominique Fonlupt) 11/02/10 - Figaro Magazine (Elisabeth Barillé) 06/03/10

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