Ivi : le tourisme de la procréation en Espagne

Publié le : 20 avril 2011

Le Point consacre un article à la clinique privée espagnole Ivi-Instituto Valenciano de Infertilidad, spécialisée dans les techniques d’assistance médicale à la procréation et particulièrement dans le don d’ovocytes, qui attire des couples de toute l’Europe. Chez Ivi, 30% de la clientèle est étrangère : "Chez nous, neuf couples sur dix réalisent leur objectif : devenir parents", promet le site Internet.

 

"Etrange monde que le nôtre, où une majorité de l’humanité s’escrime à dompter son taux de natalité tandis qu’une minorité de gens riches, moins fertiles qu’autrefois car procréant toujours plus tard, est prête à tout pour faire valoir son droit à l’enfant biologique", note la journaliste avant de décrire les différentes activités de cette véritable industrie de la procréation. Chez Ivi, les biologistes travaillent à plein régime. "Et voilà, une vie", résume un des employés de la clinique qui vient de réaliser une fécondation in vitro.

 

D’autres vitrifient les ovocytes : cette technique de congélation après déshydratation est autorisée en Espagne depuis quatre ans. La clinique l’utilise pour conserver les gamètes féminins de jeunes femmes devant subir une intervention qui les rendra stérile, mais aussi pour les femmes qui attendent longtemps avant d’avoir un enfant. Pour le Pr Gallo, jeune gynécologue lilloise venue se former chez Ivi : "Ici, l’auto- conservation a déjà commencé. Les Espagnoles, contrairement à nous, ont conquis ce droit qui est à mon sens aussi important, dans l’histoire des femmes, que l’invention de la pilule." L’opération coûte 2000 euros. Les femmes peuvent utiliser leur gamètes jusqu’à l’âge de 50 ans, en couple, ou seule avec un don de sperme.

 

La vitrification a également changé la gestion du don d’ovocyte en permettant la création d’une banque sans égale qui permet de répondre, dans un délai très court, à toutes les demandes. Ce stock est alimenté en permanence, d’autant que le prélèvement d’ovocytes est rémunéré 900 euros en Espagne. Chez Ivi, 1500 ponctions sont réalisées tous les ans. La journaliste a ainsi rencontré Yolanda, une jeune brune de 19 ans, qui se pique tous les jours depuis deux semaines afin de stimuler ses fonctions ovariennes : "Je suis très contente que mes ovules servent. Mais la première raison est que je viens de casser ma voiture. Or, j’en ai besoin pour aller travailler au garage où je suis employée, et je gagne 1000 euros par mois. Alors, pour payer les réparations…" De son côté, Simona, à 25 ans, donne ses ovocytes pour la troisième fois : mère célibataire d’une petite fille, le manque d’argent la contraint à monnayer sa fertilité.

 

Barbara et Emmanuel, eux, sont venus de France, envoyés par le médecin de Barbara qui a diagnostiqué chez elle une ménopause précoce. Ce voyage "procréatif" coûte 7000 euros, sans compter les vols et l’hébergement. Si l’implantation ne marche pas du premier coup, il faut compter à nouveau 1700 euros. La clinique, outre le suivi médical, indique les vols, conseille des hôtels.

 

Selon un rapport alarmant de l’Inspection générale des affaires sociales, le recours des couples français au don d’ovocytes hors de nos frontières a été multiplié par quinze en cinq ans. Ces couple, s’ils s’inscrivent dans le cadre de la loi française, sont remboursés par l’Assurance-maladie à hauteur de 1 600 euros. En 2010, ce tourisme procréatif a coûté 1,9 millions d’euros au système de santé français.

Le Point (Violaine de Montclos) 14/04/11

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