Derrière l’idéologie du gender, des questions

Publié le : 5 octobre 2011

Mgr Nicolas Brouwet, évêque auxiliaire de Nanterre depuis 2008, analyse, dans le mensuel La Nef, les fondements, les erreurs et les questions posées par la théorie du gender.

Héritière de l’existentialisme sartrien, notre société veut se libérer de tous les déterminismes : elle rejette l’idée d’une nature humaine qui nous conditionnerait, telle une "sorte de superstructure oppressive". La liberté de l’homme est considérée comme un commencement absolu. N’étant "que projection dans l’existence", l’homme doit se construire et s’inventer lui-même suivant sa seule volonté libre. Dans cette perspective, le désir seul oriente la liberté sans aucune référence à la réalité objective. Cette façon de concevoir et vivre la liberté comme un absolu se fait en effet au prix d’un véritable "déni de la réalité". La différence sexuelle, dans ce contexte, n’a alors pas de signification quant à l’orientation des comportements, elle n’est plus porteuse de sens "parce que c’est l’homme lui-même qui donne un sens et qui choisit ce qu’il veut vivre". La vie sociale devient ainsi une négociation entre des désirs particuliers. Le responsable politique n’a plus de raison de chercher ce qui est bien et bon pour l’homme, son rôle est de permettre à chacun de pouvoir réaliser ses désirs, d’aller là "où son envie le porte, indépendamment de toute référence à un appel commun".

La théorie du gender nous empêche de penser la différenciation sexuelle comme un élément clef de l’identité d’une personne et un élément structurant de son humanité. Elle réduit cette question de l’identité à celle du désir et de l’orientation sexuelle. Pourtant, on ne peut se construire, mûrir, se comprendre et s’unifier en partant de la seule tendance sexuelle. Intériorisée par l’enfant durant son éducation, la différence sexuelle le rend capable de s’ouvrir à toute différence qu’il pourra accueillir comme "une chance de recevoir ce qu’un autre a reçu et qu’il va lui offrir". L’on reçoit toujours de l’autre une façon nouvelle d’appréhender la vie et le monde, de comprendre une question, d’entrer en relation. La différence sexuelle est un enrichissement et une promesse de don.

Derrière la problématique du gender, des questions émergent toutefois : celles de la domination masculine et de la place des femmes dans la société, de l’accompagnement des personnes homosexuelles et de l’accompagnement des personnes en marge de la société, qui ont du mal à s’intégrer et se sentent rejetées.

La Nef (propos recueillis par Christophe Geffroy) 04/10/11

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