Décryptage du génome humain

Publié le 12 Fév, 2001

Nature et Science , deux publications anglaise et américaine, publient la carte du génome annonçant ainsi le quasi décryptage du génome humain. En juin dernier, Jean Weissenbach, directeur du génoscope (centre national de séquençage basé à la génopole d’Evry) annonçait que le génome humain ne comportait pas plus de 28 000 à 34 000 gènes contre les 80 000 à 120 000 voire 150 000 gènes généralement avancés dans la communauté scientifique internationale. Les publications d’aujourd’hui en considèrent comme un fait acquis que le génome humain semble ne comporter que « 30 000 à 40 000 gènes ». 40% dces gènes sont de nouveaux gènes n’ayant pas d’homologues dans d’autres espèces. L’homme se place ainsi entre le riz (50 000 gènes) et la moutarde sauvage l’arabidopsis (25 500 gènes). Cette découverte nous apporte deux enseignements de taille :

1 – Cette faiblesse numérique reflète une grande complexité fonctionnelle. L’idée d’un fonctionnement mécanique des gènes répondant à la simple équation un gène = une protéine = une fonction est largement malmenée. Ce qui signifie qu’un même gène peut   probablement avoir plusieurs fonctions. Ainsi, il apparaît que 8 chromosomes concentrent 39% des mutations impliquées dans des maladies génétiques ouvrant les voies à la génomique fonctionnelle qui permet de comprendre le rôle exact des gènes, leur influence, leurs interactions, leurs silences et leurs activations.  2 – Avec aussi peu de gènes, la théorie du tout génétique et du déterminisme s’appauvrit. La carte génétique qui permettrait de classer les personnes en catégories à risque dès leur naissance est loin d’être établie.

L’âge d’or de l’industrie pharmaceutique ?

 Une telle découverte donne un élan aux chercheurs qui devront exploiter cette mine d’informations pour créer les médicaments de demain. Le décryptage du génome annonce le début d’un immense champ de travail dans le traitement des maladies génétiques : c’est à dire déduire du patrimoine génétique de l’individu les thérapies adéquates. Néanmoins, reste une question centrale : « faut – il breveter le vivant ? ». Trois tendances s’opposent : les libéraux souhaitent pouvoir breveter toutes les séquences même si leur rôle dans l’organisme n’est pas encore défini. A l’opposé, certains n’admettent les brevets que sur les techniques. Entre les deux, des chercheurs acceptent que l’on brevète un gène si l’on sait à quoi il sert, car, sans brevet, les financiers n’investiraient pas et la recherche ne progresserait guère. Il y a, bel et bien, un enjeu économique de taille.

La bataille de deux mondes scientifiques

Si l’unanimité se fait autour du nombre de gènes chez l’homme, l’annonce du décryptage du génome humain révèle un affrontement violent entre deux équipes de chercheurs, deux visions de la recherche, deux méthodes scientifiques.

D’un côté, la société privée Celera basée dans le Maryland (USA) dirigée par le généticien Craig Venter qui publie dans la revue américaine Science. De l’autre, le Consortium international de séquençage du génome humain, collectif de laboratoires financé par des fonds publics et caritatifs, qui, elle, publie dans la revue britannique Nature.

La Croix 12/02/01, Le Figaro 12/02/01, Le Monde 12/02/01

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