Débat sur la fin de vie ou « le piège du consensus »

Publié le 21 Jan, 2015

C’est hier après-midi, 21 janvier, que le Premier ministre M. Valls ouvrait officiellement le débat sur la fin de vie à l’Assemblée nationale.

 

Après “plus de deux ans de consultations“, l’ouverture de ce débat était très attendu de la majorité, et surtout du groupe Europe Ecologie Les Verts (EELV) qui présentait le matin même à la commission des affaires sociales une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté.

 

Dans l’hémicycle

 

Le débat parlementaire amorcé par Monsieur Valls se fondera sur la proposition de loi Claeys-Leonetti (décryptage de Gènéthique ici) “qui ont voulu faire de leur travail un symbole d’une possible unité autour d’un sujet qui divise“. Pour ce faire, ces deux parlementaires ont écarté les termes d’euthanasie et de suicide assisté pour s’orienter vers une troisième voie : “un droit à une sédation profonde et continue en toute fin de vie […] comme un droit de dormir avant de mourrir”.

Le Premier Ministre, “lui même rapporteur en 2009 d’un texte du PS pour une aide active à mourrir” soutient cette proposition de loi qu’il juge “équilibrée“, et considère “qu’il est “important d’avancer, quitte à le faire par paliers progressifs“. Les représentants des groupes politiques ainsi que plusieurs autres parlementaires se sont succédés au perchoir pour exprimer leurs positions par rapport à la proposition de loi. “Il faut que toutes les sensibilités puissent s’exprimer” affirme Alain Claeys. Véronique Massonneau, député EELV, par exemple, rapporteur de la proposition de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté, l’annonce : “je voterai la PPL Leonetti-Claeys […] si le débat parlementaire ne vient pas la défaire“. Tandis que Philippe Gosselin, député UMP, “appelle à la prudence et demande une montée en charge des moyens accordés aux soins palliatifs“. 

 

Précision importante, les groupes socialiste, UDI et Front de gauche ont assuré à leurs députés leur liberté de vote.

 

Les réactions des citoyens, d’associations, et des institutions

 

Juste avant que le débat parlementaire ne commence, l’association “Soulager mais pas tuer se mobilisait aux alentours de l’Assemblée, mais aussi à Nantes, Caen, Rennes, Pau, Bordeaux et Bourges. Des milliers de personnes venues pour manifester leur opposition à la proposition de loi Claeys-Leonetti qui “instaurerait une euthanasie qui ne dit pas son nom“.

 

Au même moment, 16 médecins publiaient un manifeste pour demander la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté qui serait comme “un ultime soin”.

 

A la veille de ce débat, les évêques de France faisait entendre leur voix : “Le développement d’une culture palliative […] doit être une cause nationale prioritaire” – le nouveau droit à la sédation […] ne doit pas forcément être profonde et continue jusqu’au décès […] elle peut être intermittente […] toujours pour soulager de la souffrance et ne jamais viser la mort”.  

 

Valérie Debord, secrétaire nationale de l’UMP chargée de la famille, affirmait dans une tribune : créer “une possibilité pour le corps médical de donner la mort […] reviendrait à instaurer un droit à la mort, équivalent d’un droit à la vie“, “l’urgence est de remédier au vrai scandale auquel sont confrontés les fammiles” : la carence des soins palliatifs en France. “80% de ceux qui pourraient avoir accès aux soins palliatifs en sont exclus” rappelle-t-elle.

 

Enfin, Jean-Marie Le Méné et Tugdual Derville mettent en garde dans une interview croisée contre ce piège du concenssus: “Le fait d’avoir confié à Jean Leonetti la révision de sa propre loi […] est un coup politique qui risque de piéger l’actuelle opposition : il s’agit pour nous de résister à un projet qui essaie de s’imposer par un pseudo concenssus alors qu’il biaise le débat en évitant les mots qui fâchent” analyse T.Derville. J.-M. Le Méné prévient lui aussi : “puisque le mot euthanasie n’est pas dans la loi on pense l’éviter”. Attention au “repli politique” qui consiste ériger en référence une loi qui permet de tuer Vincent Lambert insiste-t-il. La même logique se révèle pour l’avortement poursuit-il : “certaines féministes revendiquent la “liberté d’aspiration”. On va se retrouver dans une situation paradoxale où ce sera à nous de défendre la loi Veil!”.   

 

Gènéthique a suivi en direct le débat à l’Assemblée.

Pour lire le décryptage de Gènéthique, voir: Le rapport Claeys-Leonetti est-il déjà dépassé?

Pour lire prendre connaissance des échanges entre les députés, cliquez sur : Les différents groupes parlementaires prennent position sur la fin de vie

lefigaro.fr (Agnès Leclair) 21/01/2014 – Famille Chrétienne (Antoine Pasquier) 21/01/2014 – lequotidiendumedecin.fr (Coline Garré) 21/01/2014 – aleteia.org 21/01/2014 – AFP 21/01/2014 – Valeurs Actuelles 21/01/2014 – nouvelobs.fr 21/01/2014

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