Avortement postnatal : Jusqu’où niera-t-on la personnalité de l’être humain ?

Publié le : 1 avril 2012

Le journal of Médical Ethics relaye un article de deux philosophes, spécialistes de la bioéthique, Francesca Minerva (1) , et Alberto Giubilini (2) « Avortement postnatal : pourquoi laisserait-on vivre le bébé ? ». Partisans d’un homicide du nouveau-né, les auteurs poussent la logique de l’avortement jusqu’au bout. La question fondamentale qui se pose reste la suivante : A partir de quand reconnait-on le statut de personne à un être humain ?

 

L’avortement postnatal défini par Alberto Giubilini et Francesca Minerva

 

Ces deux philosophes différencient l’avortement postnatal d’une euthanasie néonatale ou d’un infanticide. L’euthanasie néonatale (reconnue licite aux Pays-Bas par le protocole de Groninger de 2002), reconnait la possibilité de tuer un nouveau-né, dans son propre intérêt, lorsqu’il présente un handicap sévère. L’infanticide signifie que l’on tue volontairement un enfant, soit une personne. Or pour les auteurs le foetus ou le nouveau-né, bien qu’étant des êtres humains, n’entrent pas dans la catégorie de « personnes ». Ainsi l’avortement postnatal est une possibilité qui devrait être donnée aux parents, dans leurs propres intérêts, d’éliminer leur nouveau-né en bonne santé, pour les mêmes raisons qu’un avortement (raisons économiques, sociales ou psychologiques).

 

L’avortement postnatal légitimé par Alberto Giubilini et Francesca Minerva

 

Ces philosophes tentent de légitimer l’avortement postnatal en développant trois arguments :

 

  • – Le foetus et le nouveau-né ne seraient pas des personnes

Ils relèvent que le foetus ou le nouveau-né ont le même statut, qu’ils sont « moralement équivalents« , « qu’ils sont, à n’en pas douter, des êtres humains« , mais qu’ils ne peuvent être reconnus comme des « personnes« , au sens de « sujet de droit moral à vivre« . Avec aplomb, les philosophes expliquent que le terme « personne » désigne « un individu capable d’attribuer sa propre existence à au moins une valeur fondamentale, celle d’avoir conscience qu’être privé de son existence représente une perte pour elle« . Ils décrètent ainsi que la seule condition nécessaire pour être une personne, un sujet de droit, est celle de souffrir d’une décision qui le priverait de ses droits.

 

  • – Le foetus ou le nouveau-né seraient des personnes potentielles

 

Les auteurs pensent que « le foetus ou le nouveau-né sont des personnes potentielles parce qu’elles ont cette capacité à développer, grâce à leur propre mécanismes biologiques, des propriétés qui feront d’elles des personnes au sens de sujets de droit moral à la vie : moment où elles seront capables d’avoir un but et d’apprécier leur propre vie« . Pour eux, les « personnes potentielles » ne peuvent être blessées par le fait d’être empêchées de devenir une « personne » parce qu’elles ne peuvent expérimenter le mal qui leur est fait. Ils affirment que si personne n’est blessé c’est qu’il n’y a pas de mal qui a été commis. Ils en concluent que l’avortement postnatal de « personnes potentielles » ne peut faire de tort à personne et donc qu’il est légitime.

 

  • – L’adoption ne serait pas une alternative à l’avortement postnatal

 

Les deux auteurs soutiennent que la mère qui donne son enfant à l’adoption souffre d’une détresse psychologique. Ils expliquent que l’adoption n’est pas moins traumatisante qu’un avortement postnatal parce qu’elle n’est pas irréversible, et peut amener les mères à rêver du retour de leur enfant auprès d’elles.

 

La contradiction flagrante d’une culture de mort

 

  • Foetus et nouveau-né ont une même nature

 

Si l’analyse d’A.Giubilini et F.Minerva ne peut qu’être choquante tant elle cherche à justifier l’injustifiable : éliminer un nourrisson au simple bon vouloir des parents, elle peut être positive sur un point. Ces auteurs ont l’honnêteté de reconnaitre un fait incontestable et pourtant controversé : embryon, foetus et nouveau-né ont une même nature. Voilà de quoi faire taire tous ceux qui, pour légitimer l’avortement ou la recherche sur l’embryon, nient la nature du petit être humain in utero. Les auteurs ont aussi ce mérite d’amener la logique de l’avortement jusqu’au bout, dévoilant ainsi son inhumanité. Si l’interruption médicale de grossesse permet d’éliminer un enfant in utero jusqu’à l’accouchement, pourquoi quelques heures après la naissance ne pourrait on pas faire de même ? Est-ce le simple fait de voir et de toucher cet être humain qui permettrait de le reconnaître comme une personne et empêcherait de lui porter atteinte ? Les logiques utilitaristes, ou féministes trouvent ici leur faille. Il n’y a en effet aucune raison scientifique ou morale valable pour considérer que l’embryon ou le foetus puisse faire l’objet d’un traitement différent qu’un nourrisson. A moins évidement de cautionner la pensée retranscrite ci-dessus sur la conscience de sa propre vie.

 

  • Les termes « personne potentielle » ne signifient rien

 

Francis J. Beckwith (3) précise qu’à partir du moment où un foetus et un nouveau-né sont tous deux des êtres humains, les considérer comme des « personnes potentielles » n’a aucun sens. En effet dit-il : « le foetus n’est pas un être potentiel en ce sens qu’il deviendrait quelqu’un d’autre […] l’acquisition de pouvoirs personnels est étranger à sa nature (comme lorsque je perds 4 kilos)« . Ainsi un être ne devient pas une personne en fonction de l’acquisition ou la perte de ses capacités, mais bien en fonction de sa nature même. Or comme la nature de l’être humain ne change pas du début à sa fin, on ne peut affirmer raisonnablement que des êtres humains à un moment de leur évolution peuvent ne pas être des personnes. Comme le dit ce philosophe : « ces embryons ne sont pas des êtres potentiels. Ce sont tout simplement des êtres dotés d’un potentiel. »

 

  • La vulnérabilité n’est plus supportable

 

La pensée des deux philosophes ne laisse aucune place à la vulnérabilité. Si une personne n’est considérée comme telle que lorsqu’elle a conscience du mal qui peut lui être fait, alors les vieillards ou les malades inconscients perdraient eux aussi leur statut de personne et pourraient être la proie du desiderata des plus forts. Plus aucune attention ou protection des plus faibles ne serait pris en compte dans notre société. Et pourtant n’est-ce-pas la vulnérabilité d’un individu qui fait de lui un homme ? Pierre Olivier Arduin souligne que la notion de dignité est devenue sans consistance : « Ces revendications transgressives […] sont d’abord la conséquence d’une grave crise anthropologique […] qui ne permet plus de rendre compte du principe de dignité humaine« .

 

(1) De l’université de Melbourne
(2) De l’université de Milan
(3) Francis J. Beckwith, philosophe spécialisé en politique, droit, éthique appliquée

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