AMP :  »le bazar bioéthique »

Publié le : 19 mars 2010

Un colloque intitulé Ethique, procréation et droit visant à explorer les demandes d’accès à l’assistance médicale à la procréation (AMP) a lieu les 18 et 19 mars 2010 à la Maison du Barreau à Paris. Le quotidien Libération présente une interview de Véronique Fournier, cardiologue et fondatrice du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin qui est l’un des organisateurs du colloque. Il expose également des cas limites de demandes d’AMP que Véronique Fournier a recueillis dans un livre intitulé "Le Bazar bioéthique. Quand les histoires de vie bouleversent la morale bioéthique", à paraître le 22 mars 2010.

Parmi les cas évoqués : celui d’un couple dont l’homme âgé de 67 ans se trouve devant un refus des Centres d’études et de conservation des oeufs et du sperme (Cecos) qui "n’acceptent pas les demandes des couples dont l’homme a plus de 60 ans", ou celui d’une femme célibataire de 44 ans qui se voit refuser le recours à l’AMP, déconseillée en France à partir de 42 ans.

Interrogée sur ces cas limites, Véronique Fournier affirme ne pas avoir de "certitude éthique" qui lui permette de répondre. "Il faut avoir une bonne raison d’interdire, face à ces femmes et à ces hommes qui font une demande qui leur est essentielle, vitale. L’argument invoqué pour interdire est souvent l’intérêt de l’enfant, mais je suis convaincue que c’est un mauvais argument". Les personnes qui font ces demandes "ne se lancent pas dans l’AMP par hasard ou par caprice. Il faut leur faire confiance. Pour ma part, je ne sais plus vraiment ce qui est bien ou mal, et surtout cela ne me semble plus la bonne interrogation sur le plan éthique. La question importante m’apparaît plutôt de réfléchir à ce qui est juste". Pour elle, les personnes qui cherchent à accéder à l’AMP sont de "véritables agents éthiques" qui "ont beaucoup à nous apprendre pour bousculer un peu nos certitudes". Elle souhaite que la loi de bioéthique soit "une loi de solidarité vis-à-vis d’eux" et non une "loi défensive, comme s’il fallait absolument se doter de garde-fous contre la folie des hommes". Elle estime que les craintes concernant un "risque d’eugénisme" et le danger de la "quête de l’enfant parfait" ne correspondent pas à ce qu’elle voit lors des demandes d’AMP dont elle a connaissance.

Libération (Charlotte Rotman) 19/03/10

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