Zone interdite : un reportage choquant sur l’euthanasie

Publié le 16 Nov, 2014

Hier soir, Zone interdite diffusait son reportage : « droit de mourir : l’enquête qui dérange ». Rebondissant sur le cas de Vincent Lambert, l’équipe de M6 aborde dans ses moindres détails pratiques le suicide assisté et l’euthanasie en France, en Belgique et en Suisse. Les soins palliatifs sont éludés du reportage, comme s’ils étaient étrangers au sujet. En une heure trente d’émission, seule une initiative, exceptionnelle mais isolée, rend un espoir de fin de vie naturelle et accompagnée, aux patients atteints de maladies incurables. Un reportage focalisé sur le lieu, le moment et la manière de procéder à un suicide assisté ou à une euthanasie. Un parti pris pour le droit du patient à maîtriser sa fin de vie.

 

Enquête sur la pratique de l’euthanasie et du suicide assisté 

On sait tout sur Jean-Claude, Gino, Michel, qui sont respectivement morts d’un suicide assisté en Suisse, filmé et retransmis hier à l’heure de grande audience, d’une augmentation des doses de sédatif, ou d’un arrêt de traitement. On entend le témoignage de Rachel sur son mari Vincent Lambert, et du docteur Kariger, sans toutefois entrer dans le fond du problème, ni entendre d’autres famille de patient pauci-relationnel.

On suit Emilie, 82 ans, qui ne souffre d’aucun symptôme hormis celui d’ « être fatiguée de vivre » et qui a été euthanasiée à sa demande par son médecin traitant en Belgique quelques jours après son interview.

On fait connaissance avec le docteur Lossignol et le docteur Yves de Locht qui expliquent comment et avec quels moyens ils pratiquent des euthanasies, ou selon eux des « mort douces » en Belgique. Un de leurs amis, le docteur Senet, français, connu pour sa pratique clandestine de l’euthanasie, intervient à plusieurs reprises pour expliquer qu’un généraliste en France euthanasie au moins une à deux fois par an malgré l’interdiction.

Erika Preisig, suissesse, s’étend sur son activité professionnelle : donner la mort par suicide assisté dans un studio aménagé à cet effet. Le film de tous ses « patients », censés être atteints d’une maladie incurable, la dédouane de toute responsabilité d’assassinat. Dignitas est finalement dénoncé pour son « business » de l’euthanasie, et l’ADMD mis en avant pour son militantisme à respecter le droit du patient qui demande à mourir. Seul Alliance VITA, présentée rapidement, permet d’entendre les termes de « soins palliatifs ». L’équipe de M6 donne la chance aux téléspectateurs de finir sur une note de vie en montrant une belle initiative de « maison de vie » à Besançon, qui permet à 9 malades incurables de vivre ou se reposer,parfois jusqu’à la mort, dans un cadre familial et chaleureux, tout en continuant leurs soins.     

 

Une enquête qui fait réagir
Après ces témoignages les téléspectateurs risquent de :    
– ne garder en tête que la douleur de Rachel regardant Vincent Lambert, sans connaître mieux ce qu’est un malade pauci-relationnel,          
– retenir que la Suisse accueille « le tourisme euthanasique »,       
– savoir que même des personnes non malades arrivent sans difficulté à se faire euthanasier en Suisse et en Belgique,               
– découvrir qu’en France aussi, des personnes donnent la mort, qu’elles soient ou non médecins, bravant l’interdit, et militant ainsi pour le droit de mourir.    
– penser que le patient ou la famille doit, pour finir sa vie dans la dignité, pouvoir décider et imposer ses choix au corps médical.             
La seule solution acceptable semble être de légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté en France, de façon suffisamment stricte pour ne pas tomber dans les dérives belges ou suisses.

 

Une enquête qui élude des questions importantes 

On aurait aimé avoir des éléments:            
– sur  les soins palliatifs, pratique quotidienne dans les plusieurs établissements français spécialisés, ainsi que dans tous les services hospitaliers qui accompagnent des fins de vie.
– sur les malades pauci-relationnel, l’état de fin de vie ou la définition d’un traitement, qui permettrait de débroussailler les vraies questions qui se posent dans l’affaire Vincent Lambert.
– sur la sédation, profonde ou terminale, qui va être l’un des sujets principaux du prochain débat législatif, entretenant ainsi une confusion, entre traiter la souffrance, et « endormir pour faire mourir ».            
– sur d’autres propos de professionnels qui accompagnent la fin de vie naturelle, comme la dernière initiative filmée, pleine d’espoir pour les patients. Cette absence donne le sentiment qu’en dehors de l’euthanasie ou du suicide assisté, ces initiatives sont bien trop rares pour imaginer terminer sa vie entourée de personnes chaleureuses et dans un endroit adapté à son état.

 

Un reportage choquant, qui tend à sacraliser l’autonomie du malade, et qui se focalise sur la souffrance des patients et de leur famille sans y répondre. On reste sur l’impression que sans modification de la  loi Leonetti le problème de la fin de vie reste entier.

 

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