USA : vers un recul de l’eugénisme ?

Publié le 26 Avr, 2021

La Chambre des représentants de Floride a voté vendredi l’interdiction des avortements pour cause de handicap, « physique ou mental ». Ce projet de loi interdit aux médecins de pratiquer des avortements « s’ils savent, ou auraient dû savoir, que la femme mettait fin à sa grossesse en raison d’un test ou d’un diagnostic indiquant que le fœtus naîtra avec un handicap ». Les médecins qui transgresseraient cet interdit « seraient coupables d’un crime au troisième degré passible d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans ».

Cette proposition de loi, soutenue par les Républicains, se fonde sur un rejet de l’eugénisme. Lors des débats les parlementaires ont comparé ces avortements « avec l’Allemagne nazie et la politique d’avortement en Chine ». Pour le représentant républicain Tyler Sirois, « l’idée d’interrompre une grossesse en raison d’un handicap relève de l’eugénisme moderne », faisant référence à l’idée de « reproduire les êtres humains pour en éliminer les caractéristiques les moins souhaitables ». « Dans les années 30, les nazis ont travaillé à l’établissement d’une race supérieure. Ils cherchaient à éliminer du pool génétique tout trait ou condition qu’ils jugeaient indigne ».

Le planning familial américain lui-même, Planned Parenthood, se trouve confronté à l’image de sa fondatrice Margaret Sanger, raciste et eugéniste notoire. Pendant des années, la politique de l’institution a été de fermer les yeux sur ce « regrettable fruit de son époque ». Dorénavant, Planned Parenthood souhaite se détacher de l’image de sa fondatrice, et « combattre le racisme » et l’eugénisme, selon un « étonnant mea culpa » publié dans le New-York Times par Alexis McGill Johnson, présidente et directrice de Planned Parenthood.

Cette nouvelle politique semble paradoxale quand on sait que les femmes noires constituent 13 % de la population féminine américaine et subissent un tiers des avortements chaque année. Elles ont même « cinq fois plus de probabilités que les femmes blanches de subir un avortement ». A New-York, cela fait plusieurs années qu’il y a « plus de bébés noirs avortés que de naissances vivantes ».

Dans une tribune du Wall Street Journal, Charles A. Donovan et Robert G. Marshall, auteurs de Blessed Are the Barren: The Social Policy of Planned Parenthoodestiment que le planning familial « devrait envisager de refuser d’avorter les bébés sur la base d’anomalies fœtales ». Car si sa volonté de rejeter l’eugénisme est bien réelle, il devrait également « adhérer à l’idée qu’aucun bébé ne devrait être condamné à mort en raison d’un diagnostic défavorable ».

 

Sources : Washington Times, Brendan Farrington (23/04/2021) ; BioEdge, Michael Cook (25/04/2021) – Photo : Pixabay\DR

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