Union européenne et soupçons de trafics d’organes au Kosovo

Publié le : 14 avril 2011

La mission européenne de justice et de police au Kosovo (Eulex) tente de faire la lumière sur les soupçons d’un trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes et orchestré par l’armée de libération du Kosovo (UCK) en 1999 et 2000 (Cf. Synthèse de presse du 04/03/11). A la mi-décembre 2010, le député suisse Dick Marty avait rendu un rapport au Conseil de l’Europe à ce sujet, mettant en cause une justice internationale "sélective" ayant accordé une "impunité" à des cadres de l’UCK impliqués dans des affaires de crime organisé (Cf. Synthèse de presse du 16/12/10).

Plusieurs responsables occidentaux présents à Pristina considèrent toutefois que ce rapport n’est pas étayé. Interrogé par la chaîne suisse TSR le 5 avril dernier, Bernard Kouchner, qui fut haut représentant des Nations Unies au Kosovo entre juillet 1999 et février 2001, s’est montré critique : "qu’on me prouve ça. Pourquoi on ne fait pas une vraie enquête avec de vrais policiers scientifiques ?"  Pour le premier ministre du Kosovo, Hashim Thaçi, le peuple kosovar et lui-même ont été "atteints par cette affaire. Il est dans notre intérêt qu’elle soit éclaircie".

En 2008, Carla Del Ponte avait évoqué ces premiers soupçons de trafic d’organes dans un livre, suite à son départ du poste de de procureur du tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). L’énigme remonte cependant à l’année 2002 lorsque Michael Montgomery, journaliste américain spécialiste des Balkans avait recueilli des témoignages évoquant des transports de Serbes et d’Albanais entre juin 1999 et l’été 2000 vers des lieux de détention de l’UCK au nord de l’Albanie. 8 récits ont été remis au chef des enquêtes chargé des crimes de guerre au TPIY en 2003 : ils évoquent "l’acheminement des prisonniers, la présence de médecins, une odeur forte de médicaments dans une maison près de Burrel, surnommée la "Maison Jaune" ". Ces récits restent incomplets, aucun des témoins de Michael Montgomery n’ayant assisté aux opérations médicales. En outre, ceux-ci ont peur ou demeurent introuvables. Une mission d’enquête préliminaire est dépêchée début 2004 à la Maison Jaune où sont trouvés des résidus de sang, des bouteilles vides de médicaments et des seringues. L’enquête n’est pourtant pas poursuivie, les éléments ayant été détruits l’année suivante. "On a estimé que ces éléments n’avaient pas d’utilité, car aucune enquête n’était ouverte" a affirmé Maati Raatikainen, qui dirige l’unité d’enquête sur les crimes de guerre au sein d’Eulex.

Malgré l’absence d’éléments matériels, Eulex a annoncé l’ouverture d’une enquête après la publication du rapport de Dick Marty.

De son côté, le parquet serbe pour les crimes de guerre souhaite une enquête internationale. Le procureur Vladimir Vukcevic a déclaré que son service a fait d’importantes découvertes. "Nous [les] annoncerons une fois qu’un mécanisme international aura été établi pour que nos preuves soient adéquatement évaluées" a-t-il précisé.

Le Monde (Piotr Smolar) 13/04/11

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