Une nouvelle offensive pour autoriser l’euthanasie ?

Publié le : 28 janvier 2021

Nous ne sommes plus à une contradiction près. Alors que la France, exsangue, se confine à répétition depuis plus de 9 mois pour tenter de sauver le plus grand nombre de personnes d’une mort liée à la pandémie, 118 députés, sous la houlette de Jean-Louis Touraine, déposent une proposition de loi « visant à garantir et renforcer les droits des personnes en fin de vie » (cf. Revendiquer la mort ?). En clair, sous une avalanche de bons sentiments, il s’agit de remettre à l’ordre du jour une loi pour autoriser « l’assistance active à mourir » de la main d’un médecin. En effet, Jean-Louis Touraine estime qu’aujourd’hui avec entre 2000 et 4000 euthanasies par an, la pratique est devenue « incontrôlable » et qu’il faut légiférer d’urgence. Il serait pourtant grand temps de raison garder !

Autoriser « l’assistance médicalisée active à mourir » ?

Selon les termes de la proposition de loi, il s’agit d’autoriser « l’assistance médicalisée active à mourir ». Considérée comme un « droit ouvert à une personne majeure et capable, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable, provoquant une douleur physique ou une souffrance psychique insupportable ». Une fois encore, un droit suppose un bien. Comment la mort, considérée de tout temps comme un mal absolu, définitif, pourrait-elle entrer dans ce cadre ?

Très précise, la proposition de loi détaille les modalités d’accès pour les personnes « en capacité d’exprimer leur demande » et celles qui ne le sont pas, s’appuyant sur les directives anticipées (cf. Directives anticipées, un risque à prendre ?).

Enfin, pour brouiller davantage les cartes, la mort sera réputée « naturelle » pour ne pas spolier les héritiers et protéger les médecins qui pourront, cependant, faire jouer une clause de conscience s’ils ne souhaitent pas pratiquer d’euthanasies.

Tuer plutôt qu’accompagner et soulager ?

Ainsi, « apprendre à mieux entendre malades ou mourants, apprendre à mieux respecter leur liberté » consisterait en une abdication au moment même où la personne humaine est aux portes de la vie, où elle est la plus vulnérable, la plus fragile. Qui entendra la souffrance cachée, la peur d’être un fardeau, l’impression d’être désormais inutile ? Qui permettra que soit humanisée jusqu’au bout la vie d’un homme ?

La proposition de loi affirme « un droit universel à des soins palliatifs et à un accompagnement » (cf. Les soins palliatifs : même, et surtout, en temps de crise sanitaire et L’euthanasie : une menace pour les soins palliatifs ?), mais il est à craindre que la mesure soit de pure forme, ne visant qu’à rassurer – ou à endormir ? – des députés hésitants. Les plans pour les soins palliatifs qui ont été mis en place n’ont pas montré de réelle efficacité (cf. Soins palliatifs en France : encore de grandes disparités entre les régions).

Si 85% des Français souhaitent « mourir à domicile », ils ne veulent pas forcément y être tués. La question de l’aide à mourir a montré, particulièrement ces derniers temps, que l’ambigüité d’une telle demande est notoire et elle a fait l’objet de revirements spectaculaires tels la mise en scène de la mort d’Alain Cocq (cf. Alain Cocq : plus forte la vie) ou les accusations de Jacqueline Jencquel (cf. Après avoir annoncé sa mort, Jacqueline Jencquel renonce à mettre fin à ses jours).

La proposition de loi est déjà au programme des débats : elle sera examinée en Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale le 3 mars prochain et en séance plénière le 11.

Une question demeure, quelle sera la position du gouvernement sur cette épineuse question ?

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