« Un robot conçu uniquement pour tenir compagnie, c’est extrêmement dangereux »

Publié le 16 Jan, 2017

Véronique Aubergé, spécialiste de la robotique sociale, travaille au laboratoire d’informatique de Grenoble 1. Passionnée par le langage, elle étudie « la façon dont nous nouons des liens avec les machines et la nature de ces liens ». Elle veut « saisir ce qui, au-delà des mots et de l’information qu’ils véhiculent, crée le lien dans la communication parlée ».

 

Avec son équipe, elle s’intéresse tout particulièrement aux personnes âgées isolées. Pour elle, « les robots pourront aider à réparer le lien social, en ‘ré-entrainant’ ces personnes au lien avec autrui ». Selon un protocole établit dans un appartement pilote, l’équipe observe les interactions de personnes âgées isolées avec Emox, un robot domotique qui émet de simples bruits de bouche et quelques onomatopées. Emox « est un robot à commande vocale » auquel les personnes âgées doivent donner directement leurs consignes : « allume la télévision », « mets en marche la bouilloire ». Il suit « docilement » la personne d’une pièce à l’autre.

 

Quelles sont les conséquences de la présence d’un robot sur les humains qui l’entourent ? Quel est l’effet d’une voix de synthèse sur l’humain ? Comment les personnes s’attachent-elles aux robots ? Comment le manifestent-elles ? Suite à l’expérience proposée dans son laboratoire, Véronique Aubergé note que les personnes âgées réagissent de deux façons : « Si la personne est peu isolée, le robot va l’amuser un moment puis elle va rapidement s’en désintéresser ; si elle est très isolée, elle va mettre un temps avant de s’intéresser au robot, hormis les quelques commandes qu’elle va lui adresser, puis les échanges vont progressivement s’intensifier jusqu’à devenir très nourris ».

 

Toutefois, la chercheuse s’oppose à l’idée de « robots compagnons » : « Il n’est pas question de faire des robots des substituts à la présence humaine. Un robot conçu uniquement pour tenir compagnie, c’est extrêmement dangereux tant qu’on ne saura pas précisément ce qui se joue dans l’interaction avec l’homme ». Aussi, « il est important que le robot ait un rôle bien défini, qui ne pourrait pas être occupé par un humain : la domotique, comme dans le cas d’Emox, ou encore la purification de l’air intérieur », explique-t-elle.

Journal du CNRS, Laure Cailloce (16/01/2017)

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