Un plaidoyer pour une éthique de la vie

Publié le 1 Avr, 2022

Après avoir été pendant plus de sept ans directeur de la rédaction de Gènéthique, Marie-Anne Chéron a rejoint la Fondation Lejeune comme expert bioéthique. A l’occasion des prochaines élections présidentielles, elle présente un “plaidoyer pour une éthique de la vie”.

 

Gènéthique : Pourquoi La Fondation Jérôme Lejeune a-t-elle souhaité publier un plaidoyer bioéthique ?

Marie-Anne Chéron : Le quinquennat d’Emmanuel Macron a été traversé par les questions de bioéthique, des états généraux qui ont été engagés dès le début de son mandat, suivis des débats qui ont eu lieu à l’occasion des nombreuses lectures de l’Assemblée nationale et du Sénat jusqu’à l’adoption de la loi de bioéthique promulguée en août dernier (cf. Le Conseil constitutionnel valide les transgressions bioéthiques majeures de la loi bioéthique). Si la “PMA pour toutes” a largement retenu l’attention, d’autres mesures sont passées totalement inaperçues. Bébés médicaments, manipulations génétiques des embryons humains, recherche sur simple autorisation sur les cellules souches embryonnaires humaines, fabrication d’embryons chimériques animal-homme… elles sont surtout liées à l’embryon réduit au rang de matériau biologique. Comme l’explique Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune : « les lois de bioéthique n’ont jamais limité les dérives, elles sont les dérives ».La Fondation Jérôme Lejeune, en collaboration avec Gènéthique, a souhaité alerter sur l’accélération des dérives bioéthiques qui ont été adoptées lors de l’actuel mandat présidentiel. Et qui préparent celles à venir…

G : A qui s’adresse-t-il ?

MAC : Bien sûr, comme je le disais, il s’adresse aux candidats à l’élection présidentielle. Mais plus largement, ce plaidoyer propose une réflexion éthique de fond, argumentée, étayée, accessible à tous et, de ce fait, à destination de tous. Il veut mettre en évidence les enchainements qui conduisent à une main mise sur l’humain dont nous ressentons tous les effets sans comprendre toujours à quel point ils conditionnent nos vies.

G : Vous voulez dire que la loi de bioéthique contribue à façonner la société dans laquelle nous vivons ?

MAC : La loi porte en elle une vision de l’homme, de la société, du progrès technique très déshumanisée et déshumanisante. Nous vivons dans un monde dominé par le marché, par la performance. Un monde où la vulnérabilité, la fragilité, le handicap, la maladie n’ont plus leur place. Ce monde se déshumanise parce qu’il ne tolère plus la faiblesse. Les lois de bioéthique successives, qui favorisent l’avènement d’un « enfant parfait » issu de techniques d’assistance médicale à la reproduction, contribuent à cette résistance à « l’imperfection ».

G : Comment l’expliquez-vous ?

MAC : Le plaidoyer met en lumière le lien entre procréation artificielle et sélection de l’être humain, sur fond d’instrumentalisation toujours plus poussée de l’embryon, plus petit témoin de l’espèce humaine. Une mainmise sur les commencements de la vie qui s’inscrit dans le projet utopique du transhumanisme. Il est en même temps étonnant de voir qu’à l’heure des revendications écologiques, l’humain est le grand oublié.

Quand « l’homme s’arroge un pouvoir qui dépasse sa sagesse, il lui faut inventer une règle qui limite ses imprudences », expliquait le professeur Jérôme Lejeune. Il s’agit de proposer une autre voie qui échappe aux promoteurs de ces dérives : une logique dans laquelle l’éthique précède la loi, mais aussi la technique et le progrès. Elle doit s’appuyer sur l’expérience. Depuis plus de 25 ans, la Fondation Jérôme Lejeune, au service des patients porteurs de maladies génétiques de l’intelligence comme la trisomie 21, s’est engagée à valoriser une recherche médicale respectueuse de la vie humaine. Plus de 700 projets de recherche concernant la trisomie 21 et d’autres déficiences intellectuelles d’origine génétique ont été financés. Ces alternatives éthiques sont indispensables pour penser l’avenir.

G : Selon vous, quelles sont les principales menaces en matière de bioéthique pour le prochain quinquennat ?

MAC : Déjà plusieurs candidats ont officiellement inscrit l’euthanasie ou le suicide assisté dans leur programme (cf. Euthanasie : « Une nouvelle morale s’instaure : celle de l’abnégation sociale, de ma mort au profit du collectif »). De fait, ces mesures s’inscrivent dans la logique de lois qui ont déjà été votées : que ce soit la loi Leonetti de 2005 ou la loi Claeys-Leonetti de 2016. Elles ont préparé l’opinion publique à de nouvelles dérives. De plus, quand on ne respecte plus le début de la vie, il est difficile d’accueillir la vulnérabilité liée à la vieillesse, au grand âge, et aussi à la maladie.

La gestation par autrui est un autre enjeu dont on imagine bien qu’il pourrait faire l’objet sinon d’un projet de loi, au moins de propositions émanant de députés. Là encore, elles pourraient conduire à de nouvelles dérives dont les enfants issus de ces techniques sont les premières victimes.

Sur ces sujets, les candidats ont souvent du mal à affirmer des convictions. Il semble qu’il y ait une sorte de tabou autour des questions de bioéthique, souvent pour des raisons affectives d’ailleurs, qui ne tiennent pas quand on prend le temps d’échapper aux slogans pour s’interroger vraiment. « L’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible », écrivait déjà Georges Bernanos. Espérons que ce plaidoyer apporte sa pierre à la réflexion.

 

Le Plaidoyer pour une éthique de la vie est disponible gratuitement au téléchargement sur Gènéthique.

Photo : iStock

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