Un enfant à tout prix : quels dangers pour les couples ?

Publié le : 16 avril 2010

L’Express.fr rapporte les propos de Violaine Kerbrat, sage-femme à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart depuis 1973, sur l’assistance médicale à la procréation (AMP) et les couples qui y ont recours : sujet sur lequel elle vient de publier un livre intitulé Secrets de sage-femme*.  Elle a vécu de près les différentes étapes de "l’épopée" de l’AMP auprès des pionniers de la fécondation in vitro – dont le Pr. René Frydman et le biologiste Jacques Testart – depuis la naissance d’Amandine en février 1982, le premier bébé éprouvette en France, ou celle de Valentin, né après un diagnostic préimplantatoire (DPI).

Epouse d’un gynécologue spécialiste de l’AMP, Violaine Kerbrat livre ses réflexions, "entre espoir et doute", devant "toutes ces nouvelles techniques [qui] nous donnent l’illusion d’une quasi-toute-puissance". Pleine d’empathie devant les couples confrontés à la difficulté de concevoir un enfant, elle ne cache pas ses interrogations sur ces techniques médicales de procréation assistée : "si une femme ne peut pas porter d’enfant, si un homme ne peut avoir de descendance, faut-il s’y opposer ? Ne faut-il pas respecter ces limites ?" Au-delà des questions éthiques que l’AMP pose, elle souhaite, au regard de son expérience, avertir "les futurs parents contre leurs propres limites", et "leur ouvrir les yeux sur les lendemains qui, parfois, déchantent". Certains "sont tellement obsédés par leur problème de fertilité qu’ils en oublient leur couple".

"J’ai rencontré des hommes et des femmes disposés à tout endurer pour concevoir et qui, une fois le but atteint, se sont séparés. Où est passé leur désir si puissant de construire une famille ?", s’interroge- t-elle. Elle se remémore ainsi cet homme qui lorsque son épouse a donné naissance à des triplés est "parti, accablé, dépassé", lui confiant : "Je me sens comme un poisson-rouge au fond de la mer". Elle prévient que le don de gamètes est aussi loin d’être anodin, avec des conséquences parfois néfastes : elle n’oublie pas cette femme d’une quarantaine d’années, mère de famille, qui s’est rendu au Canada pour un don d’ovocyte et "qui ne parvenait pas à câliner son nouveau-né – ‘Je n’arrive pas à le considérer comme le mien’ " confiait-elle. Ou cette autre femme, enceinte après une insémination artificielle avec donneur qui fut "hospitalisée pour dépression". Elle met en garde contre la volonté d’avoir "un bébé à tout prix, sans en mesurer le coût" :  "Oui à un enfant autrement, mais pas à ses dépens".

* Violaine Kerbrat, Secrets de sage-femme, Calmann-Lévy, Paris, 2010

L'Express.fr (Anne Vidalie) 15/04/10

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