Trafic d’adoptions illégales : un bébé à tout prix

Publié le : 17 décembre 2020

Un politicien américain vient d’être condamné à six ans de prison pour avoir vendu au moins 70 bébés à des couples américains prêts à payer. Pendant près de trois ans, sa « sinistre agence » a sillonné les chemins des îles Marshall, un archipel d’Océanie. L’homme politique était à l’affût de foyers vulnérables, « pour inciter des femmes, trop pauvres pour quitter le pays, à confier leur bébé à des familles américaines en échange de quelques dollars ». Profitant de la détresse des familles et de la pauvreté de l’île, il « a manipulé des mères biologiques pour qu’elles consentent à des adoptions qu’elles ne comprenaient pas entièrement ».

« On m’a dit qu’ils reviendraient »

Une femme qui a eu recours à cette agence lorsqu’elle avait 20 ans raconte qu’elle a été transportée aux États-Unis à sept mois de grossesse en 2015. Elle a reçu 1500 dollars pour ses dépenses. Dès l’accouchement, son bébé a été confié à un couple de l’Utah, aux Etats-Unis. Les documents d’adoption ont été signés à l’aide d’un interprète de l’agence. Les deux enfants qu’elle a eus ensuite ont également été adoptés aux Etats-Unis via la même agence. « On m’a dit qu’ils reviendraient vers moi lorsqu’ils auraient 18 ans, raconte-t-elle. Que les parents adoptifs parleraient de moi aux enfants quand ils auraient fini l’école ».

L’homme a reconnu agir « dans les limites de la loi », puis « plaidé coupable d’avoir conspiré en vue de commettre un trafic d’êtres humains ». Le juge a qualifié sa pratique d’adoption de « moyen de subsistance criminel », servant à financer un train de vie « luxueux ». Condamné à six ans de prison dans l’Arkansas, il risque également des condamnations dans l’Utah et en Arizona.

Trafic d’enfants sur Facebook

En Tunisie, ce même problème est récurrent, et même dopé par internet et les réseaux sociaux, « où certaines familles pauvres et désespérées tentent de se séparer de leurs bébés, contre espèces sonnantes ». Le groupe Facebook intitulé « Adoption et parrainage d’enfants en Tunisie », par exemple, regroupe « des familles qui veulent vendre leurs bébés et d’autres qui cherchent à les acheter ». Pour Anis Aounallah, délégué régional à la protection de l’enfance à Tunis, le phénomène est « bien réel » : « Ce n’est pas nouveau, nous sommes au courant de ces publications et notamment des groupes sur Facebook qui facilitent ce genre de pratiques illégales », explique-t-il. Il ajoute que les services de protection de l’enfance « ont été avisés à maintes reprises », que des individus sont parfois arrêtés et que l’Instance nationale de lutte contre la traite des êtres humains s’est également saisie de l’affaire. Il reconnaît que « ce phénomène a pris de l’ampleur avec l’ère des réseaux sociaux ».

Selon la loi tunisienne, l’adoption d’un enfant hors du cadre de la loi « constitue un danger pour la sécurité des enfants », leur mise en vente « constitue un crime et est considérée comme une traite de personnes strictement punie par la loi ». Celle-ci prévoit dix ans d’emprisonnement et une amende de 50.000 dinars. Mais si l’ « infrastructure juridique et institutionnelle » pour la protection de l’enfance est en place, il semble que « les enfants tunisiens sont toujours exposés à tous les risques d’exploitation économique et sexuelle et aux violences de toutes formes ».

Sources : Le Matin, Jonathan Zalts (17/12/2020) ; The Independent, Louise Boyle (11/12/2020) ; La Presse, Mohamed Khalil Jelassi (16/12/2020) – Photo : iStock

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