Traçage : polémique en France et en Israël

Publié le : 15 juillet 2020

« Certains employeurs ont recours à des dispositifs qui promettent d’évaluer en quelques secondes l’état de santé des collaborateurs, afin de limiter les risques de contagion sur leur site ». Parmi eux, l’énergéticien Engie, « séduit par l’application Copass », « a décidé, comme plusieurs autres entreprises, d’expérimenter ce dispositif ». « Lancée conjointement par le Crédit agricole et l’entreprise Onepoint fin avril », cette application « repose sur un questionnaire de santé visant à déterminer le niveau de risques des salariés face au Covid ». Ainsi, « en fonction des réponses de chaque collaborateur, l’application émet un code QR qui lui indique le protocole à suivre : retour (ou non) dans l’entreprise, orientation vers un test de dépistage… ».

 

Pour Nicolas Blanc, élu au Comité social et économique chez Engie et délégué national CFE-CGC au numérique, « de telles applications risquent d’ouvrir une brèche quant au respect de la vie privée et à l’utilisation qui est faite des données personnelles du salarié », bien que l’application précise transmettre les informations « ″uniquement au corps médical″, et non à l’employeur ». L’entreprise a quant à elle indiqué qu’« à ce stade » il s’agit de « la phase d’étude des conditions dans lesquelles pourrait se développer une phase test sur la base du volontariat ». Cependant, pour le syndicat, « une application d’entreprise telle que Copass pourrait justifier le traitement de données sans le consentement de l’utilisateur, en invoquant juste l’obligation légale des employeurs de garantir la santé de leurs salariés ». Une démarche qui « pourrait donc être obligatoire et s’imposer aux salariés ». Contactée, la CNIL a indiqué « examine[r] actuellement le sujet ».

 

Le traçage fait également polémique en Israël, où le gouvernement « utilise son agence de sécurité intérieure, le Shin Bet, pour le traçage des citoyens afin de lutter contre l’augmentation du nombre de cas de Covid-19 ». Ce programme de surveillance « controversé » avait été « bloqué temporairement par la Cour suprême de l’État hébreu fin avril, avant d’être relancé fin juin ». A sa reprise, « au cours de la première semaine », « des dizaines de milliers d’Israéliens ont reçu (…) un SMS leur conseillant de se placer en quarantaine en raison d’une potentielle infection à la Covid-19 ». « Cent cinquante employés d’une ligne d’écoute » ont alors dû être chargés de répondre aux questions concernant les SMS. Finalement, « environ 12.000 personnes ont été notifiées qu’elles ne devaient plus rester en quarantaine ».

 

Dans cet Etat, « ce type de surveillance électronique a jusqu’à présent été utilisé pour lutter contre le terrorisme. L’intention était, au cours de la crise sanitaire, d’utiliser les données de localisation des GSM des personnes infectées pour établir avec qui ces dernières avaient récemment été en contact ».

 

 

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<p>Le Monde, Catherine Quignon (14/07/2020) – RTBF, Belga (14/07/2020)</p> <p> </p>

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