Thibaud Collin : L’objection de conscience, un manque de professionnalisme ?

Publié le 17 Mai, 2016

L’objecteur qui refuse de poser un acte auquel sa profession le contraint, faisant par-là souvent rejaillir les conséquences sur ses collaborateurs, est souvent jugé : « confort intérieur »,  manque de professionnalisme, de solidarité… On évoque un déterminisme dû à une vision sélective de la fonction, incompatible avec son inscription dans la société telle qu’elle est ? « Refuge de la lâcheté et de l’incompétence » ?

 

Pour fournir un éclairage sur la question de l’objection de conscience et du professionnalisme, Thibaud Collin revient sur le critère de la véritable objection de conscience.

 

La question est décisive selon lui, parce qu’elle « engage la conception de ce qu’est tel ou tel métier » : un bon professionnel en effet se rend dans sa pratique conforme aux exigences inhérentes à sa profession, dont les finalités et les moyens propres sont déterminés.

 

L’objecteur est justement celui qui considère qu’une pratique n’est pas dans la nature de son métier. Ce n’est pas alors seulement sa subjectivité qui est engagée, mais l’objectivité de son métier ou de sa fonction.

 

C’est à double titre qu’il refuse de poser un acte :

 

  • Par déontologie interne à son métier : « L’objecteur refuse d’obtempérer à un ordre car il juge que cet ordre transgresse les limites de sa profession », cet ordre étant devenu en fait un « désordre ». La mesure d’un métier ne peut être dans la volonté ni de son supérieur, ni du règlement, mais dans le sens des mots eux-mêmes, fondé dans la nature des pratiques humaines.

 

  • L’objecteur doit cependant aussi veiller à l’intégration de sa profession dans l’ordre humain éthique, car un métier « n’est pas un monde à part », il « s’insère dans un monde humain et il entretient des liens constructifs avec l’ensemble de notre vie ». Thibaut Collin précise à ce titre que l’approche formelle ne doit pas être abstraite au point de devenir « coopération hypocrite à un mal objectif », comme un conducteur de train transportant des personnes dans les camps de la mort qui se dirait que son métier est simplement de conduire des trains, non de s’interroger sur la direction et le devenir des passagers. 

 

La Croix (17/05/2016)

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