« Se réapproprier la question de la natalité, qui est celle de l’avenir même »
Selon le Bilan démographique 2024 réalisé par l’Insee, l’année dernière 663 000 bébés sont nés en France [1]. Un chiffre historiquement bas. En effet, il est inférieur de 2,2 % à celui de 2023, et de 21,5 % à celui de 2010. L’indicateur conjoncturel de fécondité est de 1,62 enfant par femme : il « n’a jamais été aussi bas » depuis la fin de la Première Guerre mondiale, affirme l’Institut.
Promouvoir la PMA ?
En parallèle, l’âge moyen des femmes à l’accouchement « poursuit sa hausse tendancielle » et s’élève à 31,1 ans (cf. A Cambridge, des cours pour « éviter d’oublier d’avoir un bébé »). Il y a un an, Emmanuel Macron avait promis un « réarmement démographique » de la France [2]. Parmi les mesures évoquées pour relancer la natalité en berne, il entendait mettre en place « grand plan de lutte contre l’infertilité » (cf. Contre l’infertilité et une natalité en berne, un « réarmement démographique » ?).
Un an plus tard, seul un dossier a avancé : « Les recherches sur la fertilité ont connu une forte impulsion depuis un an », indique Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier et coauteur d’un rapport sur les causes de l’infertilité, présenté au gouvernement au mois de février 2022 (cf. Infertilité : un rapport recommande l’information et la prévention). Avec une dotation de 30 millions d’euros, « des appels à projets ont été lancés, de premières équipes labellisées, des bourses de thèse de doctorat attribuées… »
S’agira-t-il de promouvoir la PMA quand les avortements sont au plus haut ? (cf. France : 243 623 avortements en 2023, un chiffre encore en hausse) Des grossesses interrompues parfois car les femmes se sentent acculées, par un conjoint ou une situation économique précaire (cf. « Le deuil caché » : un documentaire pour libérer la parole des femmes ayant vécu une IVG ; La prévention de l’avortement : garantir le droit de ne pas avorter).
« On ne peut pas penser un nouveau monde, plus juste, plus humain, sans nouveau-nés »
« Un monde sans enfants est un monde mort » affirme l’essayiste Jean Birnbaum, auteur de Seuls les enfants changent le monde, paru aux éditions du Seuil [3].
« Quand on note un effondrement des naissances, c’est qu’il existe aussi un essoufflement de l’espérance, définie comme une manière de maintenir un avenir ouvert », souligne le journaliste. « On ne peut pas penser un nouveau monde, plus juste, plus humain, sans nouveau-nés. » Car « c’est quand l’humanité semble au bord du gouffre qu’il faut donner vie aux êtres qui créeront du neuf, les porter comme ils nous portent ».
Un « nouveau courant au sein du féminisme contemporain » assure que, « arrachée aux systèmes de domination, la grossesse peut devenir une expérience d’émancipation », relève Jean Birnbaum. « Pour la politique féministe comme pour les autres, il y a donc urgence à se réapproprier la question de la natalité, qui est celle de l’avenir même ».
Les pouvoirs publics se saisiront-ils de cet enjeu ?
[1] Insee, Bilan démographique 2024 – En 2024, la fécondité continue de diminuer, l’espérance de vie se stabilise, Hélène Thélot (14/01/2025)
[2] Le Monde, Lutte contre l’infertilité : le « grand plan » promis par Macron toujours attendu, Camille Stromboni (14/01/2025)
[3] La Croix, Démographie : « Un monde sans enfants est un monde mort », Jean Birnbaum (15/01/2025)
Photo : iStock