« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » – Rabelais

Publié le : 20 décembre 2011

Le monde de la recherche a beaucoup évolué ces dernières décennies : déformations de faits, fraudes, conflits d’intérêts, obligations de réserve, pression des instituts de recherche et compétitivité, mondialisation, difficulté à trouver des financements,… autant de facteurs qui ont fait basculer la science dans une sorte de crise. En effet, "l’avènement de la technoscience, le poids de l’industrie, la vigilance, voire méfiance, de la société" vis à vis de la recherche a fait évolué le rôle des scientifiques à l’échelle mondiale. Ils travaillent maintenant sous la pression de l’adage "publie ou péris !"

Plutôt que de réfléchir aux vraies questions posées par certaines recherches, on invoque désormais de nouveaux arguments, tel que "si on le fait pas, les Chinois le feront", explique Jacques Bordé, ancien membre du Comité d’éthique du CNRS.
Malgré l’édition en 2007 et 2010 de "guides de bonnes pratiques de recherche", on a assisté ces dernières années à des cas de fraudes. Un scandale a marqué les mémoires, celui de "l’affaire Hwang" en 2006 (Cf. Lettre mensuelle de décembre 2005), où un biologiste coréen avait falsifié ses résultats en matière de clonage d’embryon humain afin d’obtenir des cellules souches. Ce scientifique, inculpé et exclu de l’université nationale de Séoul, pourtant "véritable star en Corée du Sud", a récemment repris ces recherches sur l’animal. Il a d’ailleurs annoncé avoir réussi à cloner des coyotes durant l’été 2011.

Face à ces grands changements qui touchent la recherche, de nombreux scientifiques se sont récemment réunis dans une "Commission nationale française pour l’Unesco", afin de repenser les recommandations en science et culture établies en 1974.
Certains jugent que la science ne peut être enseignée seule et qu’il faut former les scientifiques sur les plans éthique et philosophique. Par leurs recherches, ils sont en effet impliqués dans des enjeux dont ils doivent prendre conscience. Ils ont des droits et des devoirs et devront associer "responsabilité individuelle et collective".
Ainsi à Toulouse, l’Inra et l’Ecole supérieure d’éthique des sciences (ESES) de l’Institut catholique, qui s’interrogent sur le sens des travaux qui modifient le vivant,  prône "un vrai changement de paradigme". Vincent Grégoire-Delory, directeur adjoint de l’ESES, explique que "pour la première fois, […] des chercheurs de sciences "dures" ont voulu dès le lancement d’un nouveau programme de recherche, y intégrer une démarche éthique". L’Ecole propose un "accompagnement éthique, tout au long du processus de recherche, depuis la conception de l’idée jusqu’au stade pré-industriel", souligne Thierry Magnin, recteur de l’université catholique de Lyon et membre de l’Ecole d’éthique de Toulouse. "L’éthique n’est pas là pour juger, pour limiter le progrès, elle est là pour questionner sur le vivant, et voir minimiser tout risque que l’innovation ferait encourir aux inventeurs, aux usagers, à l’environnement".

La Croix (deux articles de Denis Sergent - commentaire de Dominique Quinio) 20/12/11

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