Reconstitution de peau par cellules souches adultes

Publié le : 1 décembre 2009

Deux équipes de chercheurs ont annoncé samedi 28 novembre des succès thérapeutiques importants dans le traitement de graves pathologies de la peau par cellules souches adultes. Cette déclaration, qui a été faite lors du 2e congrès sur la recherche responsable sur les cellules souches somatiques adultes réunissant 500 chercheurs internationaux à Monaco, a immédiatement été l’objet d’un communiqué de presse qui mentionne "un travail remarquable par ses applications thérapeutiques immédiates".

L’équipe du Professeur John Wagner, de Minneapolis (USA), a présenté des résultats de traitement  de l’épidermolyse bulleuse chez sept enfants. Cette maladie génétique rare et douloureuse se caractérise par une fragilité de la peau et des muqueuses se manifestant par la formation de bulles à la surface de l’épiderme. Cela est dû à la mutation d’un gène qui empêche la fabrication du collagène VII, une protéine qui assure l’ancrage entre la partie externe (épiderme) et la partie interne (derme) de la peau. Les chercheurs avaient remarqué que certaines cellules souches de la moelle osseuse secrétaient du collagène VII. Après des essais précliniques chez la souris, ils ont obtenu l’autorisation de la Food and Drug Administration de passer aux essais cliniques chez l’homme. Sur sept enfants retenus, six souffraient également d’autres pathologies parmi lesquels deux sont morts (d’une cardiomyopathie aiguë et d’une infection pulmonaire chronique). Les cinq autres, aujourd’hui, présentent "tous une amélioration notoire". L’état de la peau du plus ancien greffé (771 jours) s’améliore toujours. "Ces résultats montrent que les cellules souches adultes peuvent déjà traiter certaines pathologies génétiques", a commenté John Wagner. Ces travaux sont en cours de publication dans une revue scientifique internationale.

Les équipes des professeurs Jean-Jacques Lataillade et Eric Bey, de l’hôpital militaire Percy de Clamart, ont présenté, en collaboration avec la société L’Oréal, des données encourageantes dans le domaine de la reconstitution de la peau des grands brûlés et irradiés graves. Pour favoriser la prise de greffe autologue de kératinocytes, les médecins ont eu l’idée de réaliser des injections de cellules souches issues de la moelle osseuse ou de cordon ombilical au niveau du derme. Cette méthode a été utilisée avec succès chez quatre patients. "Aujourd’hui, avec un recul de un à quatre ans selon les cas, nous avons obtenu une bonne cicatrisation, sans retour de l’inflammation. Nous pouvons aujourd’hui confirmer l’efficacité de cette technique en clinique humaine", a conclu le Pr Lataillade.

Ainsi, à l’inverse des études publiées par l’équipe de Marc Peschanski et Christine Baldeschi le 21 novembre 2009 (cf. Synthèse du 23/11/09) qui faisaient état de la reconstitution d’épiderme chez des souris à partir de cellules souches embryonnaires humaines, les résultats produits par les Pr Wagner et Lataillade ont d’ores et déjà des applications cliniques humaines. Le Pr Wagner note par ailleurs que "les cellules souches adultes ne nécessitent pas la destruction d’embryons, leur usage ne pose pas de problème éthique majeur". Ces résultats "confirment avec force l’intérêt de l’utilisation des cellules souches non embryonnaires sur le plan thérapeutique comparée aux résultats théoriques et expérimentaux attribués aux cellules souches embryonnaires humaines".

La Croix (Denis Sergent) 01/12/09 - Gènéthique 01/12/09

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