Recherche sur l’embryon: les scientifiques réagissent

Publié le : 18 juillet 2013

 Alors que la recherche sur l’embryon a fait l’objet, ce mardi 16 juillet, d’une totale libéralisation (Cf Synthèse de presse Gènéthique du mercredi 17 juillet 2013), plusieurs scientifiques prennent la parole pour dénoncer  l’inutilité de cette recherche sur le plan scientifique.

 

Alexandra Henrion-Caude, médecin qui étudie les mécanismes des maladies génétiques et explore la possibilité de nouvelles stratégies thérapeutiques en pédiatrie, regrette qu’aujourd’hui chaque scientifique constitue son propre « corpus » de « valeurs humaines » pour travailler et qu’il « n’existe pas de socle commun à ces ‘corpus’ « . Or affirme-t-elle, « il existe […] des limites à toutes les recherches, qui sont dictées par les évidences les plus incontournables qui mènent le monde » et notamment celle du « sens de la dignité humaine« . C’est à ce titre que la recherche sur l’embryon est une limite sociétale. Et le fait de ne savoir que faire des embryons dits « surnuméraires » ne justifie aucunement leur destruction. Autoriser la recherche sur l’embryon est un « choix arbitraire qui ne peut trouver de justification ni légale, ni sociétale, ni scientifique« . 

 

C’est précisément sur l’absence de justification scientifique qu’a souhaité réagir le Pr Alain Privat, membre correspondant de l’Académie nationale de médecine. En effet, de nombreuses autres pistes que la recherche sur l’embryon humain existent et sont efficaces aujourd’hui.
D’une part, grâce à « l‘énorme majorité des travaux de recherche fondamentale sur l’embryon [animal] qui par nature, se prête[…] mieux que l’embryon humain à une expérimentation scientifique rigoureuse« . D’autre part parce que depuis une vingtaine d’année, « le nombre déjà réduit des travaux conduits sur l’embryon humain est en régression constante » y compris dans des pays les plus permissifs tels que la Grande-Bretagne. Alors que de nombreux scientifiques vantent l’utilisation thérapeutique des cellules souches embryonnaires humaines(CSEh) aucun essai n’a à ce jour abouti. Enfin, d’autres cellules souches existent comme celles du cordon ombilical, du cerveau ou de la moelle épinière, et enfin, les cellules iPS, découvertes par le Pr Yamanaka, et qui lui ont valu le prix Nobel de médecine 2012. Ces dernières sont « un outil de recherche et de thérapie exceptionnel » précise Alain Privat, pour la modélisation de certaines maladies rares. Un essai vient d’ailleurs d’être lancé au Japon dans une maladie de la rétine. Et si l’argument des partisans de la recherche sur l’embryon réside dans le fait qu’il existe un risque de tumeur avec l’utilisation des iPS, il s’avère que ce « même risque existe avec les [CSEh] et « les derniers progrès  dans l’obtention des iPS  permettent de contrôler  étroitement les gènes qui gouvernent la prolifération, et donc les tumeurs potentielles« .

 

Pour le membre correspondant de l’Académie nationale de médecine, la conséquence inéluctable de cette autorisation à la recherche sur l’embryon est « la marchandisation [des] embryons qui, depuis la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde constituent un être humain« . 

<p> Atlantico.fr (Alexandra Henrion-Caude) 16/07/2013 - Le Figaro (Alain Privat) 18/07/2013</p>

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