Recherche sur l’embryon: « Affirmer un principe et prévoir des transgressions est une démarche de sagesse »

Publié le : 8 janvier 2013

 Dans une tribune publiée dans le quotidien La Croix, Xavier Lacroix, de l’Université catholique de Lyon et membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), donne sont point de vue sur la recherche sur l’embryon, à l’heure où le principe actuel d’interdiction de la recherche avec dérogation, issu de la loi de bioéthique de 2011, pourrait faire l’objet d’une profonde modification, à savoir: un principe d’autorisation encadrée. 

Xavier Lacroix précise qu’ "apparemment, il n’y aurait pas de grande différence entre ‘autoriser sous condition’ la recherche sur les cellules embryonnaires et ‘interdire sauf dérogation’. Il est même possible que pratiquement, cela se rejoigne". Mais pour Xavier Lacroix, "se limiter à ce point de vue serait faire fi de la portée de l’interdit, autrement dit de la loi ou de ce que l’on appelle le ‘symbolique’ ". 
Tout d’abord, Xavier Lacroix concède que certains arguments des partisants de la recherche sur l’embryon sont recevables. Ainsi, il note qu’ "il est vrai que la recherche sur les ‘cellules d’origine embryonnaire’ n’est pas la ‘recherche sur l’embryon’, comme il est dit parfois un peu rapidement", ajoutant qu’ "il s’agit de conduire une recherche sur des cellules ou des lignées cellulaires prélevées à l’occasion de la destruction d’embryons". En outre, il relève qu’ "un certain paradoxe peut être souligné, selon lequel la destruction d’embryons est autorisée par la loi (en différentes circonstances) alors que la recherche elle-même se trouve être interdite". Enfin, il considère qu’ "il est vrai […] que l’opposition systématique affirmée parfois entre ‘recherche sur les cellules iPS’ (dites ‘adultes’) et ‘recherche sur les cellules embryonnaires’ a quelque chose d’artificiel dans la mesure où ces deux recherches existent l’une par l’autre et sont, paraît-il, complémentaires". 

Cependant, Xavier Lacroix précise qu’il "n’en demeure pas moins que les cellules embryonnaires sont prélevées ‘à l’occasion’ de la destruction d’embryon. Il y a donc une intersection entre recherche et destruction, qui pose problème à toute conscience". Pour lui, "l’état actuel de la loi peut apparaître comme un honorable compromis. Tant que la loi affirme l’interdit de la recherche – qui est au fond un interdit de l’instrumentalisation, l’essentiel est sauf: la loi, c’est-à-dire le corps social, affirme que l’embryon n’est pas une chose, qu’il ne doit pas, a priori, être objectivé comme objet de recherche".
Alors que certains affirment que l’interdit avec dérogation "bride la recherche", Xavier Lacroix mentionne que l’Agence de la Biomédecine, en charge de donner les autorisations en matière de recherche sur l’embryon, précisait dans son rapport de 2011, que "l’évolution des recherches en France est similaire à ce que l’on observe dans d’autres pays". 
"Il semble [donc] important que l’exception reste énoncée comme une exception – ce qui ne va d’ailleurs pas sans encourager les recherches alternatives (sur l’animal ou les cellules iPS) [conclut-il] […]. Affirmer un principe et prévoir des transgressions est une démarche de sagesse. S’intaller d’emblée dans la négation du principe sacrifie l’essentiel. De tels enjeux méritent mieux qu’une loi votée en catimini". 

 La Croix (Xavier Lacroix) 08/01/13

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