« Première thérapeutique » avec les cellules adultes

Publié le : 2 juin 2002

Une étude récente publiée par L. Yang et coll.1 montre pour la première fois, à notre connaissance, que des cellules souches adultes peuvent être utilisées en thérapie cellulaire. 

 

Pancréas-foie-pancréas

 

Alors que des travaux suggèrent déjà que les cellules souches de pancréas peuvent se trans-différencier (s’engager dans une voie différente de celle pour laquelle elles étaient prévues) en cellules de foie 2, les auteurs de cette nouvelle étude ont montré que des cellules souches de foie de rat pouvaient se différencier en cellules de pancréas capables de corriger l’hyperglycémie de souris diabétiques dans lesquelles elles ont été ensuite implantées. Les cellules ovales de foie, considérées comme étant les cellules souches hépatiques, ont un double potentiel de différenciation : elles sont à l’origine des hépatocytes (les cellules du foie) et des cellules des canaux biliaires. Les résultats de cette étude montrent qu’elles peuvent aussi se différencier en cellules pancréatiques endocrines, c’est à dire capable de sécréter des hormones.

 

Le foie est le seul organe qui se régénère totalement après avoir subi une lésion. Les auteurs ont détruit chimiquement une partie des foies des rats pour stimuler les cellules ovales de foie. Ils ont ensuite prélevé celles-ci de manière très pure et les ont maintenues en culture in vitro sans leur faire perdre leurs caractéristiques de cellules indifférenciées pendant six mois. Après deux mois supplémentaires de culture dans un milieu approprié riche en glucose, ces cellules s’agrègent en îlots pancréatiques. La nature endocrine de ces cellules a été vérifiée tant au niveau des gènes qu’elles expriment qu’à celui des hormones qu’elles sécrètent.

 

1ère expérience in vivo

 

Des études préalables avaient montré que la maturation de cellules pour qu’elles expriment toutes leurs fonctions nécessite leur implantation dans un environnement cellulaire. L’étude fonctionnelle de ces cellules différenciées mais encore immatures a donc ensuite été réalisée in vivo en implantant les îlots obtenus chez des souris diabétiques (le choix d’un organisme receveur d’espèce différente des cellules implantées permet de tracer celles-ci). Deux souris ont reçu 30 agrégats de cellules sous la capsule rénale et une souris en a reçu 200. La glycémie n’a été régularisée que chez cette dernière. Ces résultats montrent que la maturation in vivo des cellules de pancréas obtenues à partir de cellules souches de foie est possible et permet de corriger le diabète, à condition qu’un nombre important de cellules soit implanté.

 

Si de plus en plus de travaux récents tendent à montrer que les cellules souches adultes ont une capacité à se trans-différencier lorsqu’elles sont dans un environnement adapté, les résultats étaient jusqu’à présent obtenus sur des cellules cultivées in vitro et jamais aucune application in vivo n’avait été réalisée. Cette étude remarquable est donc un des premiers exemples de faisabilité de l’utilisation des cellules souches adultes en thérapie.

 

Ce travail confirme l’intérêt d’approfondir les recherches sur les cellules souches adultes et leur capacité à se trans-différencier. Il présente une approche de thérapie cellulaire d’un type de diabète (insulino-dépendant) en utilisant des cellules sécrétrices d’insuline dérivées de tissus non pancréatiques. Enfin les cellules hépatiques et pancréatiques ont la même origine embryonnaire que les cellules sanguines qui sont faciles d’accès. Cette étude ouvre donc des perspectives très prometteuses.

 

1-  L. Yang et coll., Proceedings of the  National Academy of Sciences of the U.S.A. 2002 Jun 11; 99(12):8078-8083.

2- (Dabeva et coll, PNAS 1997, 94 : 7356-7361)

 

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