Pour un recours ajusté aux soins palliatifs

Publié le : 29 avril 2020

« Le Covid-19 devrait nous inciter à repenser la mortalité humaine pour prévoir une action rationnelle des systèmes de soins de santé », estiment le Dr Rajagopal [1], anesthésiste, médecin de soins intensifs, médecin de soins palliatifs en Inde, et Richard Smith, ancien rédacteur du BMJ et président de la Lancet Commission on the Value of Death.

 

Pour eux, mener une action rationnelle signifie que le système de santé doit accepter que la mort ne soit pas un ennemi à vaincre à tout prix : « Lorsque les médecins sont raisonnablement certains que des mesures agressives de maintien en vie risquent d’être inutiles, nous devrions nous abstenir de les mettre en place et proposer plutôt des soins palliatifs – des soins de compassion visant le bien-être physique, social et mental. Ce bien-être, et pas seulement la survie, devrait être l’objectif des soins de santé ».

 

Un document de l’Indian Council of Medical Research clarifie le devoir de soins du médecin : « Il s’agit d’atténuer la souffrance. C’est de guérir parfois, de soulager souvent, et de réconforter toujours. Il n’existe aucune exception à cette règle ». Aussi, les auteurs de la tribune déplorent qu’en Inde et dans de nombreux autres pays, les soins de santé aient évolué vers l’industrie de la santé, qui vise plus le profit que la santé. « Avec cette évolution, un traitement agressif en fin de vie devient normal pour ceux qui peuvent se le permettre », regrettent-ils.

 

Parallèlement, les médicaments opioïdes comme la morphine, qui sont nécessaires dans les soins palliatifs, ne sont pas souvent disponibles dans les pays à faibles et moyens revenus. Non pas en raison de leur coût, mais à cause de barrières réglementaires. Pour les rédacteurs,  « il est insensé de faire tout ce qui est possible pour se procurer des respirateurs, mais de négliger la formation aux soins palliatifs et l’accès aux opioïdes ». Ils espèrent que « la tragédie de la pandémie de covid-19 favorisera de toute urgence la formation aux soins palliatifs et l’accès aux opioïdes pour les soins de fin de vie, ce qui apportera des avantages continus lorsque la pandémie sera terminée, mais que la confrontation à la mort se poursuivra ».



[1] Il est aussi président fondateur de Pallium India, une organisation non gouvernementale de soins palliatifs basée au Kerala en Inde, et membre de la Lancet Commission on the Value of Death.

 

<p>BMJ (28/04/2020)</p>

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